CHRIST ROI DE L'UNIVERS

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

CHRIST ROI DE L'UNIVERS

Origine

La fête du Christ Roi de l’Univers, est une solennité du Seigneur qui clôt la série des dimanches ordinaires du temps liturgiques: elle tombe donc le trente-quatrième et dernier dimanche du temps ordinaire (le dimanche qui précède le premier dimanche de l'Avent, lequel est le début de l'année liturgique). C’est, à la fin de l’année liturgique, l’évocation du règne éternel de l’Agneau immolé : « Lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous » (1 Co 15, 28).

Fête tardive, instituée par le Pape Pie XI le 11 décembre 1925 par l’encyclique « Quas primas »: toute l’année liturgique célèbre la royauté du Christ, mais spécialement l’Épiphanie, le Vendredi Saint et l’Ascension. Il la place immédiatement avant la fête de la Toussaint (symboliquement, le Roi entraîne derrière lui ses amis vers la victoire; il faut qu'Il règne pour que ses amis profitent du Royaume). Vient ensuite la période de l'Avent, qui précède Noel de quatre semaines[1].

 La fête du Christ Roi fut instituée grâce au dévouement et au travail immense réalisé par Georges et Marthe de Noaillat. Cette dernière est née en 1865 et décédée en Feb. 5, 1926. Elle dirige le premier groupe de jeunes femmes de ce qui deviendra l'action catholique des femmes (nommée alors Ligue patriotique des Françaises). Il s'agit de jeunes filles de bonne famille chargées d'accomplir leur apostolat auprès des jeunes filles de milieu populaire. Elle est donc la principale promotrice de la fête du Christ-Roi. Elle meurt quelques semaines plus tard à l’institution de la fête, au musée du Hiéron du Val d'Or (Paray-le -Monial) à cause d'un empoisonnement accidentel au gaz (avec Jeanne Lépine-Authelain). Marthe et Georges (son mari qui sera ordonné prêtre le 10 juin 1930) sont à l'origine de l'Encyclique Quas Primas qui institue la fête du Christ-Roi en décembre 1925. Le 9 septembre 1927, Pie XI élève la Société du Règne à la dignité d'Archiconfrérie Prima Primaria, sous le nom de Ligue Universelle du Christ-Roi, ayant son siège spirituel à la chapelle des Apparitions du Sacré-Cœur, et son centre d'action au Hiéron de Paray-le-Monial[2].

À la demande de Benoit XV, puis de Pie XI, ils réunirent pendant six années les signatures de centaines d'évêques et de milliers de fidèles réclamant l'institution d'une fête du Christ-Roi accompagnée d'une Encyclique proclamant sa Royauté universelle. La volonté du Pape était de préparer ainsi les peuples chrétiens à recevoir la définition solennelle de ce grand dogme si méprisé au XIXème et XXème siècle : « …Concile de Nicée qui coïncida avec le grand Jubilé. Nous avons ordonné de célébrer cet anniversaire séculaire; Nous l’avons Nous-même commémoré dans la basilique vaticane, d’autant plus volontiers que c’est ce Concile qui définit et proclama comme dogme de foi catholique la consubstantialité du Fils unique de Dieu avec son Père; c’est lui qui, en insérant dans sa formule de foi ou Credo les mots cuius regni non erit finis, affirma du même coup la dignité royale du Christ »[3].  

Un immense mouvement pris sa source à Paray-le-Monial, la Providence unissant les demandes du Sacré Cœur à son règne sur toutes les sociétés, et aboutit à la première fête solennelle du Christ Roi et à la promulgation de l'Encyclique Quas Primas le 11 décembre 1925.

Disait le Pape Pie XI : « En conséquence, en vertu de Notre autorité apostolique, Nous instituons la fête de Notre-Seigneur Jésus-Christ-Roi. Nous ordonnons qu’elle soit célébrée dans le monde entier, chaque année, le dernier dimanche d’octobre, c’est-à-dire celui qui précède immédiatement la solennité de la Toussaint. Nous prescrivons également que chaque année, en ce même jour, on renouvelle la consécration du genre humain au Sacré Cœur de Jésus, consécration dont Notre Prédécesseur Pie X, de sainte mémoire, avait déjà ordonné le renouvellement annuel »[4]

Signification

Le Christ-Roi est un concept christologique, qui évoque la Royauté, la domination ou pouvoir (potestas) de Jésus-Christ sur toute la Création. La royauté était dans l'Ancien Testament la forme de gouvernement la plus courante du peuple d’Israël : la prophétie du Patriarche Jacob: « La royauté n'échappera point à Juda, ni le commandement, à sa descendance, jusqu'à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront » (Genèse 49, 10). Et le Prophète Jérémie: « Voici venir des jours, déclare le Seigneur, où je donnerai à David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice » (Jér. 23, 5). Ces citations sont susceptibles d'être rapportées au concept de la Royauté du Christ.

L'expression Christ-Roi désigne ainsi l'une des fonctions ou offices du Christ, aux côtés de la fonction de la prêtrise (Christ-prêtre ou munus sacerdotale) et de la prophétie (munus propheticum). L'expression se retrouve ainsi dans plusieurs passages bibliques. On distingue en outre le «règne de grâce» (regnum gratiae), ici-bas et qui se rapporte à l'«église militante» (ecclesia militans), du « règne de gloire » (regnum gloriae), qui se rapporte à l'«église triomphante» (ecclesia Triumphans), laquelle rassemble ceux qui sont au Paradis. Eusèbe de Cesare (IIIe et IVe siècles) est l'un des premiers à avoir formalisé cette distinction entre les trois offices christiques.

Je conclu avec les paroles du Pape Pie XI : « Quelle énergie encore, quelle vertu pourront puiser les fidèles dans la méditation de ces vérités pour modeler leurs esprits suivant les véritables principes de la vie chrétienne ! Si tout pouvoir a été donné au Christ Seigneur dans le ciel et sur la terre; si les hommes, rachetés par son sang très précieux, deviennent à un nouveau titre les sujets de son empire; si enfin cette puissance embrasse la nature humaine tout entière, on doit évidemment conclure qu’aucune de nos facultés ne peut se soustraire à cette souveraineté. Il faut donc qu’il règne sur nos intelligences: nous devons croire, avec une complète soumission, d’une adhésion ferme et constante, les vérités révélées et les enseignements du Christ. Il faut qu’il règne sur nos volontés : nous devons observer les lois et les commandements de Dieu. Il faut qu’il règne sur nos cœurs : nous devons sacrifier nos affections naturelles et aimer Dieu par-dessus toutes choses et nous attacher à lui seul. Il faut qu’il règne sur nos corps et sur nos membres : nous devons les faire servir d’instruments ou, pour emprunter le langage de l’Apôtre saint Paul, d’armes de justice offertes à Dieu pour entretenir la sainteté intérieure de nos âmes »[5].  

L’exemple du Père Pro, prêtre jésuite en Mexique pendant la persécution religieuse, est illuminant pour cette fête. Soupçonné à tort d’avoir fomenté avec son frère prêtre également, un attentat contre l’ancien Président, le Général Obregon, on le condamne sommairement. On se doute bien qu’il est innocent, mais le président Calles en veut surtout à son caractère sacerdotal et à son ministère. Le 23 novembre 1927, on l’emmène au lieu d’exécution. Là, après avoir prié et refusé le bandeau sur les yeux, il élève une voix puissante pardonnant à tous et disant à Dieu son innocence, puis il étend les bras en croix, tenant un crucifix dans une main et un chapelet dans l’autre, et avant d’être transpercé par les balles, il s’écrie : « Vive le Christ Roi ! ». Pour son enterrement, toute manifestation publique est interdite, mais plus de vingt mille personnes sont aux fenêtres ou l’accompagnent en silence dans les rues. Parmi les prêtres martyrs de cette période, le Père Pro est le plus connu.

 

P. Silvio Moreno, IVE

 

 

 

[1] Cf. Dom Robert Le Gall – Dictionnaire de Liturgie, 3 édition 1997, Editions CLD. Dictionnaire en ligne.

[2] Cf. http://www.findagrave.com.

[3] Pie XI, Quas Primas, n. 2.

[4] Quas Primas, n. 19.

[5] Quas Primas, n. 22.

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