BAPTÊME DU SEIGNEUR

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

BAPTÊME DU SEIGNEUR

Le Baptême du Christ, son origine et sa signification[1]

Au terme du temps de Noël, la fête du Baptême du Seigneur vient exprimer la profonde communion entre Dieu et l'humanité.

Histoire de cette fête 

Certains moments de la vie du Seigneur, sont plus que d’autres, mystérieux et décisifs : moments où le Christ accomplit notre salut, et institue les sacrements de notre salut. Le premier de ce temps, tel que nous l’avons vu dans notre précèdent article, est celui de sa naissance et de sa premier manifestation, que nous célébrons de Noël à la Epiphanie. Un second temps aussi mystérieux et décisif, même si peu de chrétiens y soient attentifs, est le Baptême du Christ. Il est important pour le Christ et pour nous: ce jour-là, il est investi de sa mission, et il fonde le sacrement de notre Baptême.

Cette fête a une histoire brève et simple. Lorsque, au IVème siècle, en Orient comme en Occident, les chrétiens commencent à célébrer les fêtes de Noel et de l’Épiphanie, la mémoire du baptême du Seigneur dans le Jourdain est incluse dans cet ensemble, ainsi que l’évocation de noces de Cana, où, pour la première fois, il manifesta sa gloire. Mais c’est à la fin du VIIIème siècle que l’on commence à commémorer le Baptême du Christ huit jours après l’Epiphanie, donc le 13 janvier : on lit ce jour-là un des évangiles qui racontent le baptême.

Cependant d’une façon surprenante, le missel romain de 1570, qui sera employé dans toute l’Eglise jusqu’en 1970, ignore le titre de Baptême du Seigneur et propose au 13 janvier une messe de l’octave de l’Épiphanie. Il faut attendre la liturgie française du XVIIIème siècle pour que la fête du 13 janvier, qui tombe un jour de semaine six années sur sept, ait le titre de Baptême du Seigneur et propose des formulaires vraiment propres.

C’est seulement depuis le Concile Vatican II que figure dans le Missel  romain, au dimanche après le 6 janvier, une véritable fête du baptême du Seigneur. Il a donc fallu beaucoup du temps pour qu’existe en Occident une vraie fête du Baptême du Seigneur, émancipée de l’ensemble Noel-Epiphanie, mais qui, bien sûr, ne doit pas revendiquer son Independence, c’est-à-dire ne doit pas se  détacher du mystère multiforme de la Manifestation du Fils de Dieu à l’humanité.

Le Baptême dans l’iconographie

Il est curieux de noter que cette fête a tenu une grande place dans l’art chrétien, et donc dans la pensée religieuse d’Orient et d’Occident. Dès les IIème et IIIème siècles, on trouve des fresques  du Baptême du Christ dans les catacombes de Rome. A partir du Vème siècle, la scène est représentée dans des mosaïques d’inspiration byzantine, notamment à Ravenne. Dans ce dernier cas, le Christ nu est debout dans l’eau, qui lui arrive à la taille.

Au XIème siècle, sous l’influence des gestes désormais employé par les enfants, le Christ, encore qu’il reste plongé dans l’eau jusqu’à la taille, reçoit le baptême par infusion ou effusion, c’est-à-dire que Jean Baptiste lui verse de l’eau sur la tête.

Nouvelle image à partir du XVème siècle : le Christ n’a plus de l’eau que jusqu’aux chevilles, et il est vêtu d’un pagne ou même d’une tunique dorée et Jean baptiste qui verse de l’eau sur la tête du Christ.

Il est normal donc que beaucoup de tableaux ornent des baptistères ou des fonts baptismaux : le baptême du Christ dans le Jourdain est à l’origine ou à la source du baptême des chrétiens.  

Que se passe-t-il au Baptême du Christ ?

Les  évangélistes nous rapportent que Jean Baptiste prêche un baptême de conversion, dans les eaux du Jourdain, annonçant la venue de celui qui baptiserait dans l'Esprit Saint.

Chez l'évangéliste Matthieu, les deux cousins, Jean et Jésus, échangent : Jean s'oppose à le baptiser, réclamant de Jésus qu'il le baptise, au contraire. Mais, répond Jésus, "laisse faire, il faut accomplir ce qui est juste"... Chez l'évangéliste Luc, Jean se sait indigne de dénouer la courroie de ses sandales.

Dans les quatre évangiles, le Baptiste atteste, témoigne, de ce qu'il a vu et entendu : dès que Jésus a été baptisé, il a vu les cieux s'ouvrir, une colombe descendre sur Jésus symbolisant l'Esprit Saint ; il a aussi entendu une voix, celle du Père, disant que Jésus est son fils bien-aimé. La foule présente est aussi témoin de cela.

Dans un premier moment les Pères de l'Eglise ont déduit deux choses importantes: d'une part, Jésus, avec humilité, revêt symboliquement le péché de l'humanité en plongeant dans les eaux du Jourdain, et la délivre, en fait, de la mort; d'autre part, nous sommes témoins de la première manifestation de la Sainte Trinité.

Dans un deuxième moment, les paroles du pape émérite Benoit XVI lors de l’angélus  en 2012[2] nous explique aussi le sens de cette fête. C’est notre fête en tant qu’enfants de Dieu re-nés par le baptême : « Chers amis, ce dimanche du Baptême du Seigneur conclut le temps de Noël. Rendons grâces à Dieu pour ce grand mystère, qui est source de régénération pour l’Eglise et pour le monde entier. Dieu s’est fait enfant de l’homme, pour que l’homme devienne enfant de Dieu. Par conséquent, renouvelons la joie d’être fils: en tant qu’hommes et en tant que chrétiens; nés et re-nés à une nouvelle existence divine. Nés de l’amour d’un père et d’une mère, et re-nés de l’amour de Dieu, par le baptême. A la Vierge Marie, Mère du Christ et de tous ceux qui croient en lui, demandons qu’elle nous aide à vivre réellement en enfants de Dieu, non en paroles, ou non seulement en paroles, mais en actes. Saint Jean écrit encore : « Or, voici son commandement : croire au nom de son Fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres, comme il nous en a donné le commandement » (1 Jn 3, 23).

P. Silvio Moreno, IVE


[1] Cf. Dom Robert Le Gall – Dictionnaire de Liturgie © Editions CLD, tous droits réservés.

Je suivrais ici également quelques idées du Philippe Rouillard dans « les Fêtes chrétiens en Occident », édition du Cerf, 2003.   

[2] Cf. Benoit XVI, Angélus, 8 janvier 2012. 

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