LA SEXUALITÉ HUMAINE (II)

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

LA SEXUALITÉ HUMAINE (II)

AMOUR VRAI ET CHASTETE

16. L'amour virginal aussi bien que l'amour conjugal, qui sont, comme nous le dirons plus loin, les deux formes dans lesquelles se réalise la vocation de la personne à l'amour, requièrent pour se développer un engagement à vivre la chasteté, selon le mode propre à chacun d'entre eux. La sexualité — comme le dit le Catéchisme de l'Eglise Catholique — « devient personnelle et vraiment humaine lorsqu'elle est intégrée dans la relation de personne à personne, dans le don mutuel entier et temporellement illimité de l'homme et de la femme ». Il est évident que la croissance dans l'amour, en tant qu'elle implique le don sincère de soi, est aidée par cette discipline des sentiments, des passions et des affections qui permet d'atteindre le contrôle de soi. Personne ne peut donner ce qu'il ne possède pas: si la personne n'est pas maîtresse d'elle-même — grâce à la mise en oeuvre des vertus et, concrètement, de la chasteté — elle manque de cette possession de soi qui la rend capable de se donner elle-même. La chasteté est l'énergie spirituelle qui libère l'amour de l'égoïsme et de l'agressivité. Dans la mesure même où la chasteté vient à s'affaiblir en lui, l'amour de l'homme devient progressivement égoïste, c'est-à-dire tourné vers la satisfaction d'un désir de plaisir et non plus vers le don de soi.

La chasteté comme don de soi

17. La chasteté est l'affirmation joyeuse de qui sait vivre le don de soi, libre de tout esclavage de l'égoïsme. Cela suppose que la personne ait appris à faire attention aux autres, à se mettre en rapport avec eux en sachant respecter leur dignité dans leur diversité. La personne chaste n'est pas centrée sur elle-même, et n'a pas de rapports égoïstes vis-à-vis des autres. La chasteté rend la personnalité harmonieuse, la fait mûrir et la remplit de paix intérieure. Cette pureté d'esprit et de corps aide à développer le vrai respect de soi et en même temps rend capable de respecter les autres, parce qu'elle fait voir en eux des personnes à respecter parce que créées à l'image de Dieu et devenues par la grâce enfants de Dieu, recréées par le Christ qui « vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 2, 9).

Le contrôle de soi

18. « La chasteté comporte un apprentissage de la maîtrise de soi, qui est une pédagogie de la liberté humaine. L'alternative est claire: ou l'homme commande à ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient malheureux». Toute personne sait aussi par expérience que la chasteté requiert le refus de certaines pensées, paroles et actions peccamineuses, comme saint Paul a pris soin de le préciser et de le rappeler (cf. Rm 1, 18; 6, 12-14; 1 Co 6, 9-11; 2 Co 7, 1: Ga 5, 16-23; Ep 4, 17-24; 5, 3-13; Col 3, 5-8; 1 Th 4, 1-18; 1 Tm 1, 8-11; 4, 12). Capacité et aptitude à la maîtrise de soi sont donc requises. Elles sont signes de liberté intérieure, de responsabilité envers soi-même et envers les autres. Elles témoignent en même temps d'une conscience informée par la foi. Cette maîtrise de soi implique à la fois que l'on évite les occasions de provocation et d'invite au péché et que l'on sache dépasser les pulsions instinctives de sa nature.

19. Quand la famille mène à bien une oeuvre effective de soutien éducatif et encourage l'exercice de toutes les vertus, l'éducation à la chasteté s'en trouve facilitée et ne se heurte pas aux conflits intérieurs, même si à certains moments les jeunes peuvent rencontrer des situations particulièrement délicates.

Pour certains, qui se trouvent dans des milieux où l'on offense et où l'on discrédite la chasteté, vivre de façon chaste peut exiger une lutte dure, parfois héroïque. De toute façon, avec la grâce du Christ, qui découle de son amour d'époux pour l'Eglise, tous peuvent vivre de façon chaste même s'ils se trouvent dans des conditions peu favorables.

Le fait même que tous soient appelés à la sainteté, comme le rappelle le Concile Vatican II, permet de comprendre que peuvent exister, tant dans le célibat que dans le mariage, des situations où des actes héroïques de vertu sont indispensables. Cela arrive en fait à tout un chacun, d'une façon ou de l'autre, pour des périodes plus ou moins longues. La vie mariée implique donc, elle aussi, un chemin joyeux et exigeant de sainteté.

La chasteté conjugale

20. « Les personnes mariées sont appelées à vivre la chasteté conjugale: les autres pratiquent la chasteté dans la continence ». Les parents savent que la condition la plus sûre pour éduquer les enfants à l'amour chaste et à la sainteté de vie consiste dans le fait de vivre eux-mêmes la chasteté conjugale. Ceci implique qu'ils soient conscients que dans leur amour l'amour de Dieu est présent. De ce fait, leur donation sexuelle doit être elle aussi vécue dans le respect de Dieu et de son dessein d'amour, avec fidélité, respect et générosité vis-à-vis du conjoint et de la vie qui pourra découler de leur geste d'amour. C'est seulement de cette façon qu'il peut devenir expression de « charité ». Il s'en suit que le chrétien dans le mariage est appelé à vivre cette donation à l'intérieur de sa propre relation personnelle avec Dieu, expression de sa foi et de son amour pour Dieu, donc avec la fidélité et la fécondité généreuse qui caractérisent l'amour divin. C'est seulement de cette façon qu'il peut répondre à l'amour de Dieu et accomplir sa volonté, que les commandements aident à connaître. Il n'y a pas d'amour légitime qui ne soit, à son niveau le plus haut, également amour de Dieu. Aimer le Seigneur implique de répondre positivement à ses commandements: « Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements » (Jn 14, 1).

21. Pour vivre la chasteté, l'homme et la femme ont besoin d'être éclairés continuellement par l'Esprit-Saint. « Au centre de la spiritualité conjugale il y a la chasteté, non seulement comme une vertu morale en connexion avec les dons de l'Esprit-Saint — avant tout avec le don du respect de ce qui vient de Dieu ("donum pietatis"). Ainsi donc l'ordre intérieur de la vie commune conjugale, qui permet que les "manifestations d'affection" se développent selon leur juste proportion et signification, est le fruit non seulement de la vertu à laquelle les épouxs'exercent, mais aussi des dons de l'Esprit-Saint avec qui ils collaborent ».

D'un autre côté les parents, persuadés que leur propre vie de chasteté et leur effort pour témoigner dans le quotidien la sainteté constituent les nécessaires prémisses et la condition de leur oeuvre éducative, doivent aussi considérer toute attaque contre la vertu et la chasteté de leurs enfants comme une offense à leur propre vie de foi et une menace d'appauvrissement vis-à-vis de leur propre communion de vie et de grâce (cf. Ep 6, 12).

L'éducation à la chasteté

22. L'éducation des enfants à la chasteté vise à atteindre trois objectifs: a) conserver dans la famille un climat positif d'amour, de vertu et de respect des dons de Dieu, en particulier du don de la vie; b) aider graduellement les enfants à comprendre la valeur de la sexualité et de la chasteté en soutenant leur maturation par la parole, l'exemple et la prière; c) les aider à comprendre et à découvrir leur propre vocation au mariage ou à la virginité consacrée pour le Royaume des cieux en harmonie avec les aptitudes, dispositions et dons de l'Esprit qui leur sont propres, et dans le respect de ces dispositions.

23. Cette tâche peut être accomplie avec l'aide d'autres éducateurs, mais ceux-ci ne peuvent prendre la place des parents que pour des raisons sérieuses d'incapacité physique ou morale. Sur ce point le Magistère de l'Eglise s'est exprimé clairement, en relation avec l'ensemble de la question de l'éducation des enfants: « Le rôle éducatif des parents est d'une telle importance que, en cas de défaillance de leur part, il peut difficilement être suppléé. C'est aux parents, en effet, de créer une atmosphère familiale, animée par l'amour et le respect envers Dieu et les hommes, telle qu'elle favorise l'éducation totale, personnelle et sociale, de leurs enfants. La famille est donc la première école des vertus sociales nécessaires à toute société ». L'éducation en fait revient aux parents dans la mesure où l'oeuvre éducatrice continue le processus de la génération et est une éducation à la plénitude de l'humanité à laquelle ils se sont engagés solennellement dans le moment même de la célébration de leur mariage. « Les parents sont les premiers et les principaux éducateurs de leurs enfants et ils ont aussi une compétence fondamentale dans ce domaine: ils sont éducateurs parce que parents. Ils partagent leur mission éducative avec d'autres personnes et d'autres institutions, comme l'Eglise et l'Etat: toutefois, cela doit toujours se faire suivant une juste application du principe de subsidiarité. En vertu de ce principe, il est légitime, et c'est même un devoir, d'apporter une aide aux parents, en respectant toutefois la limite intrinsèque et infranchissable tracée par la prévalence de leur droit et par leurs possibilités concrètes. Le principe de subsidiarité vient donc en aide à l'amour des parents en concourant au bien du noyau familial. En effet, les parents ne sont pas en mesure de répondre seuls à toutes les exigences du processus éducatif dans son ensemble, particulièrement en ce qui concerne l'instruction et le vaste secteur de la socialisation. La subsidiarité complète ainsi l'amour paternel et maternel et elle en confirme le caractère fondamental, du fait que toutes les autres personnes qui prennent part au processus éducatif ne peuvent agir qu'au nom des parents, avec leur consentement et même, dans une certaine mesure, parce qu'ils en ont été chargés par eux ».

24. En particulier la proposition éducative sur le plan de la sexualité et de l'amour vrai, ouvert au don de soi, doit se confronter aujourd'hui avec une culture à tendance positiviste, comme le rappelle le Saint-Père dans la Lettre auxFamilles: « Le développement de la civilisation contemporaine est lié à un progrès scientifique et technologique réalisé de manière souvent unilatérale, présentant par conséquent des caractéristiques purement positivistes. Le positivisme, on le sait, produit comme fruits l'agnosticisme dans les domaines théoriques et l'utilitarisme dans les domaines éthiques et pratiques... L'utilitarisme est une civilisation de la production et de la jouissance, une civilisation "des choses" et non des "personnes, une civilisation dans laquelle les personnes sont utilisées comme on utilise des choses... Pour s'en convaincre, il suffit d'examiner certains programmes d'éducation sexuelle, introduits dans les écoles souvent malgré l'avis contraire et même les protestations de nombreux parents ».

Dans un tel contexte, il est nécessaire que les parents, se référant à l'enseignement de l'Eglise, et avec son appui, revendiquent ce qui est leur tâche, et, s'associant là où cela est nécessaire ou expédient, développent une action éducatrice inspirée par les vraies valeurs de la personne et de l'amour chrétien, prenant là une position claire qui l'emporte sur l'utilitarisme éthique. Afin que l'éducation corresponde aux exigences objectives de l'amour vrai, les parents doivent s'en charger dans le cadre de leur libre responsabilité.

25. En ce qui concerne la préparation au mariage, l'enseignement de l'Eglise rappelle aussi que la famille doit demeurer la protagoniste principale dans une telle oeuvre éducative.

Certes, «les changements survenus au sein de presque toutes les sociétés modernes exigent que non seulement la famille, mais aussi la société et l'Eglise, soient engagées dans l'effort de préparation adéquate des jeunes aux responsabilités de leur avenir». C'est justement à cause de cela que l'engagement éducatif de la famille dès les premières années de l'enfant prend encore plus de relief: « La préparation éloignée commence dès la première enfance selon la sage pédagogie familiale qui vise à conduire les enfants à se découvrir eux-mêmes comme doués d'une psychologie à la fois riche et complexe, et d'une personnalité particulière, avec ses propres forces et aussi ses faiblesses ».

 

Source: http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/family/documents/rc_pc_family_doc_08121995_human-sexuality_fr.html 

 

 

 

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