FIDELITE ET UNITE CONJUGALE

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

FIDELITE ET UNITE CONJUGALE

Comme nous l’avons déjà dit dans notre présentation, la charnière entre les « oui » et « non » dans ces pages sera la fidélité conjugale : c’est cette histoire de fidélité d’amour pour toujours, entre les époux, qui nous aide et nous apprend à renoncer à certaines choses afin de savoir donner un oui total et définitif.

La décision d’être fidèle[1]

Mais tout d’abord, comment cette notion de fidélité est-elle perçue de nos jours ? Dans le vocabulaire contemporain, le terme est peu usité et parfois mal compris. On croit faussement que la fidélité est au couple ce que la sainteté pourrait être au croyant : un état de vie considéré comme statique, étrange, déconnecté de la réalité, impossible à vivre concrètement. On l’admire et on la craint, mais on pense qu’elle est réservée à quelques êtres hors norme, reliés au commun des mortels par un fil vraiment ténu. De plus, le concept de fidélité n’est pas assez « moderne » pour intéresser les medias. Il suppose un style de vie fort, sérieux, respectueux, en tout cas, disent ceux qui pensent ainsi, pas suffisamment réalisable pour le commun des mortels que nous sommes. 

Chers jeunes, qu’entend-on par fidélité ? C’est ce dont nous parlerons dans ces pages. Mais sachez déjà que ce n’est pas un truc d’extra-terrestres, ce n’est pas un choix de vie dépassé, ce n’est pas une forme exceptionnelle de sainteté en couple. Bien au contraire c’est une affaire de gens ordinaires, tout à fait contemporains et pas meilleurs que les autres. La norme pour un chrétien c’est la sainteté ainsi que la norme pour les couples est la fidélité.

Même si Saint Thomas More, marié, disait que « Lorsqu’un homme fait un serment, il prend sa vie dans ses mains comme de l’eau », en évoquant l’engagement comme un défi et la fidélité comme presque un miracle, nous savons que la fidélité matrimoniale est certainement possible, même s’il faut savoir parfois la renouveler quotidiennement. Marie-Paul Défossez, dans son ouvrage « Vivre au féminin », en parlant de son propre foyer disait : «Bien qu’aujourd’hui les racines de l’amour aient poussé si profondément en nous que nous ne voyions pas comment nous pourrions, de nous-mêmes, les arracher, nous savons que chaque jour l’aventure (de la fidélité) se renouvelle».

Certes, cette fidélité n’est pas toujours évidente, surtout dans le monde où nous vivons. Les faits sont là. En France, par exemple, depuis quelques années, un gros 12% de couples divorcent, un petit 10% atteignent le bonheur durable, les 78% restants oscillent entre la déception et la haine à vie. Mais le petit 10% de couples heureux ne sont-ils pas là pour crier qu’il n’est pas impossible que «l’aventure se renouvelle jours après jours».

« De toute façon, écrit encore Mme Défossez, comme il y a quinze ans, je refuse de prendre mon partie de l’engourdissement de l’amour » [2]. C’est-à-dire que même s’il faut parfois savoir renouveler la fidélité « quotidiennement », on ne peut pas laisser appesantir et refroidir l’amour qui nourrit cette fidélité. En effet, c’est cet engagement pour l’amour qui, aux heures cruciales, fait pencher la balance vers le bonheur. C’est ce parti pris d’aimer qui donne raison et assurance à un engagement matrimonial à vie. C’est comme ça que la fidélité devient possible.

Celui qui peut nous donner une explication de la fidélité est sans aucun doute notre Seigneur Jésus-Christ, puisqu’en effet lui-même est le signe de la fidélité de Dieu avec son peuple qui est le modèle de toute vraie fidélité. Or le Christ, pour nous parler de la fidélité matrimoniale, ne fait rien d’autre que nous renvoyer au mariage originel du début de la Genèse : un mariage naturel et monogame à vie. Eux deux ils deviendront une seule chair, c’est-à-dire, comme il est explicité dans Malachie, 2, 14-15 : ils ne seront plus deux, mais un seul être vivant qui a chair et souffle de vie. En effet, la Bible magnifie l’amour des époux comme étant à l’« image et ressemblance » de l’amour trinitaire. Unique et éternel.

L’humaine fidélité

Faut-il alors s’étonner que cette fidélité soit parfois difficile ?... Non, je pense qu’il ne faut pas s’en étonner, puisque c’est à cause du contexte actuel dans lequel nous vivons que cette fidélité devient un peu difficile, c’est la réalité, mais cela ne veut pas dire qu’elle soit impossible. Il faut croire à notre capacité d’être fidèle. Il faut croire qu’une fidélité de notre part est toujours réelle et concrète. Dieu ne demande pas de choses impossibles, parce qu’Il est lui-même le garant de cette fidélité. En fait, la clé de la Parole du Christ se trouve dans ces mots : Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. Donc aux crises inévitables dans les couples, la seule réponse lumineuse est une réponse divine, chrétienne: celle du pardon et de la réconciliation, pour recommencer à aimer comme le Christ a aimé l’Eglise, parce qu’aucun élément humain ne peut séparer ce que Dieu a uni.

Mais attention, ne pensons pas qu’il s’agisse d’une valeur seulement chrétienne. Parfois on a trop fait de cette fidélité à vie, une contrainte chrétienne. En réalité, dans son élan naturel et fort, tout mariage est en parfaite harmonie avec l’Ecriture : deux en une seule chair. Il s’agit donc d’un idéal humain qui peut être toujours possible. 

Il n’existe pas de société humaine sans famille, sans projet d’union à vie de l’homme et de la femme, sans structure de fidélité dans les foyers. En effet, l’étude des valeurs européens, faite à Luxembourg (il faut remarquer qu’il ne s’agit pas d’une ville soit disant catholique) en 2002 montre que parmi les conditions d’un bon mariage, la fidélité est citée en premier lieu. 88% disent que c’est une condition très importante[3]

Donc ce n’est pas nouveau. La cohérence sociale humaine, telle que les êtres humains l’ont toujours et partout établie, est d’abord basée sur l’union familiale de l’homme et de la femme. Pour cela les modèles de famille « modernes et artificielles » proposés aujourd’hui relèvent de l’antinaturel. C’est donc un fait d’expérience, une constatation. Oui, tandis que nos « évolués » occidentaux, et malheureusement des chrétiens aussi, discutent sur la possibilité même de s’engager à vie, des milliers d’années d’histoire et d’ethnographie répondent que des gens incapables de s’engager et de se faire mutuellement confiance seraient, au sens précis du terme, « inhumains » : ils appartiendraient à une espèce animale différente.

Donc, dans la promotion et la défense de l’amour et de la fidélité matrimoniale, l’Eglise a des alliés : la nature humaine, la société humaine. « Faites-moi, disait Jean Cardonnel, rencontrer des jeunes qui croient à l’engagement définitif, ce sont les germes de l’avenir. Il n’y a que ça qui distingue l’homme de la bête : la possibilité de s’engager… C’est tout à fait fondamental que les chrétiens donnent, dans le monde actuel, le témoignage du définitif »[4].

La difficulté d’être fidèle

En quoi alors notre société a contribué à rendre cette fidélité difficile? Autrement dit, pourquoi les jeunes n’y croient presque pas ? Je crois que quatre conséquences de la secousse sismique de la révolution de mai 1968[5] qui perdurent jusqu’à nos jours peuvent nous aider à comprendre la mauvaise influence de la société dans le vécu de la fidélité.

1. Le rejet de l’institution religieuse. Dans un monde plus socialisé, la liberté individuelle tente de se rattraper et de s’affirmer dans plusieurs domaines. En particulier, le mariage est maintenant souvent perçu et vécu comme relevant uniquement de la sphère privée. Comme d’ailleurs ils ont cherchés à le faire avec la foi chrétienne. La dimension sociale et religieuse du mariage est difficilement mesurée par les jeunes. D’où les choix auxquels nous assistons aujourd’hui : amours libres, mariages à l’essai, relations pré-matrimoniales, etc.

2. La contestation des jeunes face aux adultes. Les jeunes sont aussi plus critiques devant le monde des adultes et de ce qu’ils ont construit… les jeunes pensent que ce monde n’est pas à leur hauteur et donc ils se disent « cherchons le bonheur autrement !... Plutôt s’amuser et ne rien faire. Et ces parents qui nous reprochent… sont-ils à ce point assurés de la qualité de ce qu’ils vivent en amour pour qu’ils puissent se permettre de refuser aux autres une quête de bonheur différente de la leur ? ». La remise en question du témoignage parental. 

3. Le manque de foi. Depuis ces dernières années, la liberté et le relativisme devant la foi, devant la morale de l’Eglise et devant la pratique religieuse, s’est affirmée durement. La  liberté de conscience mal comprises ose se vivre au grand jour sans aucun discernement et dans un monde qui n’est plus majoritairement croyant, et de loin : la montée de l’incroyance est générale et rapide.

4. Remplacement de l’Eglise. Enfin, remplaçant l’autorité de l’Eglise, ce sont désormais les politiciens et derrière eux les francs-maçons, qui prennent les décisions importantes dans le domaine des mœurs. Comme exemple, tout simplement, en France, où c’est au sein du parlement qu’ont été votées les lois sur l’autorité parentale, sur la famille légitime sans mariage, sur la contraception pour les mineurs et sur l’avortement, sur le divorce et dernièrement le mariage pour tous.

S’engager à vie : la fidélité toujours possible

Cependant, chers jeunes, n’ayez pas peur, le pessimisme nous est interdit. Il faut comprendre la nouveauté du monde. Mais c’est cette nouveauté du monde qui exige de nous justement un engagement à vie - qu’il s’agisse du mariage ou du sacerdoce - un engagement plus sacré, plus lucide, plus personnel, plus actuel. Plus actuel surtout, dans le sens où l’engagement doit être repris chaque jour comme à neuf, dans un élan créateur et plein d’amour. Comme on le disait au début de ces pages, l’engagement, la fidélité sont des valeurs, comme l’amour, qui dépendent aussi de la volonté personnelle (et certainement de la grâce de Dieu), c’est un choix que l’on fait tous les jours de notre vie. Je veux aimer, je veux être fidèle tous les jours quoi qu’il en coûte. « Aujourd’hui je commence » se redisait chaque matin Saint Alphonse Marie de Liguori. N’est-ce pas un des grands secrets de la fidélité ? Cela est vrai des époux, cela est vrai des prêtres.

Les lettres d’amour des époux Martin, canonisés par le pape François, nous montrent justement le concret de leur amour : l’unité produite par la fidélité… et la fidélité nourrie par l’unité : « Loin de mon époux, je suis comme les poissons que l’on tire hors de l’eau ; ils ne sont plus dans leur élément, il faut qu’ils périssent ! Cela me ferait le même effet si mon séjour ici à Lisieux avec les enfants devait se prolonger beaucoup. Je me sens mal à l’aise, je ne suis point dans mon assiette, ce qui influe sur le physique et j’en suis presque malade. Cependant, je me raisonne et tache de prendre le dessus ; je te suis en esprit toute la journée ; je me dis : ‘il fait telle chose en ce moment’. Il me tarde bien d’être auprès de toi, mon cher Louis ; je t’aime de tout mon cœur, et je sens encore redoubler mon affection par la privation que j’éprouve de ta présence ; il me serait impossible de vivre éloignée de toi… »[6].

Jésus-Christ et l’Eglise modèle de fidélité

Mais pour nous les chrétiens il n’y a jamais de fidélité sans Jésus-Christ. C’est là la nouveauté du christianisme : cette fidélité dont nous sommes capables puise sa force dans le Christ, modèle de fidélité : « La parole qu’un homme donne à une femme, la parole qu’une femme donne à un homme est sacrée. Elle est forte parce que parole d’amour. Elle est faible aussi, parce qu’elle participe à tout ce qu’il y a de fragile dans l’homme. C’est pourquoi, alors qu’ils vont se dire leur amour et se donner leur parole, les époux veulent enraciner leur promesse de fidélité en Celui qui seul est parfaitement fidèle: Jésus-Christ, Parole de Dieu » (Centre Jean-Bart).                           

En effet, pour bien comprendre et bien vivre leur propre  fidélité, il faut que les fiancés et les couples chrétiens méditent souvent la raison ultime de leur fidélité. C’est la doctrine de Saint Paul. Par l’incarnation, le Fils de Dieu, épouse l’humanité sanctifiée, rachetée, c’est-à-dire son Eglise, qu’il unit à son corps, tout entière elle devient son Epouse, son corps; Lui et Elle ne forment qu’un seul corps, le corps mystique ; les deux ne feront qu’une seule chair, dit Saint Paul. Et il ajoute : Ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Eglise (Eph 5, 31-32).

C’est la nouvelle alliance où le Christ a épousé l’Eglise dans son sang ; voilà pourquoi depuis presque toujours le mariage pour lui donner toute sa signification est célébré au cours de la célébration de l’Eucharistie. Chers jeunes, par votre baptême vous êtes l’Eglise. Mariés, vous devenez sur terre, par le sacrement de mariage, l’image vivante de l’union du Christ et de son Eglise… En réalité plus que l’image, vous êtes la réalité même de l’union du Christ et de son Eglise. En effet, par la grâce d’amour du sacrement, le mari devient le Christ en tant qu’Epoux de l’Eglise, la femme devient l’Eglise en tant qu’Epouse du Christ. Dès lors, par le cœur du mari chrétien, le Christ exprime son amour à cette partie de l’Eglise qu’est l’épouse, à laquelle s’ajouteront bientôt les enfants. Par le cœur de l’épouse chrétienne, l’Eglise dont elle est membre exprime sa tendresse au Christ en la personne de son époux. Et puisque le Christ n’abandonnera jamais son épouse l’Église, malgré ses fautes et péchés et il lui sera toujours fidèle, malgré les infidélités des membres de l’Eglise, de la même façon les époux chrétiens doivent en faire autant. Voilà pourquoi le mariage est indissoluble : il est, dans les époux chrétiens, l’union même du Christ et de son Église. Voilà aussi la dernière raison de séparation des couples…l’infidélité au Christ et à son Église. 

Réfléchissons donc ! Sommes-nous en tant que couple vraiment ancrés dans ce mystère ? Il faut méditer en couple ce mystère, il faut en parler aussi en famille. Cette réalité est tellement importante qu’elle doit devenir la dernière raison et la force pour renouveler tous les jours de notre vie la fidélité à notre engagement d’amour, malgré les différences, les tentations, les crises, etc. Chaque mariage est greffé sur cet amour infrangible du Christ et de son Eglise. C’est au Christ ou à son Eglise que chaque époux baptisé se trouve soudé à travers son conjoint. Pour cela rien de créé, non, pas même la stupidité du conjoint le plus décevant, ni l’infidélité du plus indigne, rien de créé ne peut dissoudre ce lien d’amour qui est celui même du Christ et de son Eglise.

La fidélité du Christ se marque jusque dans le conjoint infidèle, par l’impossibilité où se trouve celui-ci de contracter validement une autre union. Et cette indissolubilité vécue douloureusement par le conjoint trahi affirme aussi la grandeur fondamentale du mariage chrétien, supérieur à tout intérêt, à toute joie d’ordre humain : c’est la taille même de la croix sur laquelle Jésus a épousé l’humanité dans sa mort et sa Résurrection. Voilà ce qui explique aussi l’impossibilité pour les divorcés remariés d’accéder aux sacrements.

Maris, dit Saint Paul, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise : il s’est livré pour elle (Eph 5,25). « Quel époux chrétien, disait J. de Baciocchi, pécheur pardonné, oserait, face à la croix, renier le conjoint indigne ou décevant auprès duquel il s’est chargé de représenter l’amour fidèle et pardonnant du Christ ? ».

Caractéristiques de la fidélité

La dimension morale de la fidélité doit se traduire par la manière dont les époux se comportent l’un envers l’autre. Nous citerons, en suivant, avec quelques modifications les considérations de Marianne Hubert[7] sur les quatre caractéristiques de cette fidélité: le soutien moral des époux, la guérison des blessures, l’aide à la croissance personnelle, la fidélité sexuelle.

1. Le soutien moral des époux. Ce soutien moral doit être constitué de quatre petites vertus humaines : la « disponibilité », la « communication », l’ «affection » et l’ « encouragement ».

-la disponibilité : l’amour fidèle nécessite du temps passé ensemble. La relation conjugale vit de ce contact intime entre les époux, non seulement de la disponibilité physique mais surtout affective. Il importe à l’un d’avoir conscience des pensées et des sentiments de l’autre, tout en respectant la part d’intimité et la personnalité de l’autre. Combien de couples se donnent trop peu de temps pour être ensemble, pour discuter ensemble, pour penser leur propre vie familiale ensemble ! Il s’agit d’un manque de fidélité grave, quand le partenaire fuit le plus possible le contact et trouve difficile de vivre en compagnie de son conjoint. Donc il faut savoir examiner sa conscience personnelle pour savoir si nous nous donnons du temps l’un à l’autre.

-La fidélité nécessite la communication entre les époux. Le dialogue entre les époux. La communication verbale et non-verbale est indispensable à la fidélité du couple : les regards, les sourires, les gestes, les délicatesses, etc. Les femmes parlent plus, elles communiquent plutôt pour établir des liens personnels, tandis que les hommes communiquent moins et privilégient l’objet et la description factuelle.

-L’Affection : la fidélité à besoin de l’affection, c’est-à-dire d’un amour de charité qui se penche envers l’autre. Les époux ont besoin de se savoir reconnus, acceptés et estimés dans la vie familiale. Or, les époux se sentent acceptés et reconnus si des gestes d’affection (non sexuelles) sont échangés. Cette charité qui ne passe pas par la sexualité joue un rôle très important dans l’amour fidèle.

-Une dernière caractéristique de la fidélité, que j’ai bien aimée, est l’encouragement mutuel des époux. Il s’agit de l’art de montrer de l’intérêt ou de garder une ouverture bienveillante et confiante aux projets de l’autre et non pas une approche décourageante ou méfiante. On voit parfois des couples qui n’entreprennent plus rien, n’entament aucun projet. Ils savent déjà au Nouvel An comment va se passer le Réveillon. Comme le dit bien le pape François, tout est lié dans un couple, pour cela nous pouvons faire un lien entre leur léthargie et le fait qu’ils ne s’encouragent plus, qu’ils ne se soutiennent plus, et se rendent finalement la vie difficile. Chaque fois que nous ouvrons la bouche pour critiquer au lieu de dire ce qu’on apprécie chez l’autre ou avoir un mot d’optimisme, nous manquons à la fidélité.

2. La guérison des blessures. La manière de tenir compte des blessures de l’autre et savoir les guérir est au cœur de la fidélité et de l’art d’aimer. Cette guérison des blessures peut se traduire en deux attitudes complémentaires : savoir guérir les blessures du passé que l’on trouve parfois chez le conjoint ou conjointe et savoir soigner les blessures qui se produisent à l’intérieur des couples par le pardon et la réconciliation.

Tout d’abord il faut savoir que parfois la relation conjugale repose sur deux personnes qui peuvent être des êtres blessés, vulnérables, craintifs, etc. de par leur passé, à cause d’un manque d’éducation, de la violence familiale, de la séparation des parents, etc. Et c’est à ce niveau que l’engagement dont nous avons parlé tout à l’heure se joue : il faut aider le conjoint, l’accepter, et en même temps l’encourager en soulignant les efforts qu’il fait pour se corriger aussi menus soient-ils et s’en réjouir plutôt que d’adopter l’attitude de « ce trop peu ».

Savoir aussi soigner les blessures à l’intérieur du foyer produites par infidélité. Dieu sait que l’homme échoue constamment et qu’il répond de façon défectueuse au côté édifiant et constructif de l’idéal d’un amour constant et fidèle. Mais l’unique réponse positive au manque d’amour et de vraie fidélité est le pardon et la réconciliation.

Dans notre cas, en tant que chrétiens, quel est le chemin qui nous conduit à nous réconcilier avec la personne que nous aimons ? – C’est celui qui nous ouvre à la grâce de Dieu. Nous reconnaissons d’abord que c'est toujours Dieu qui aime et pardonne le premier. Nous nous souvenons que le pardon fait partie de notre identité chrétienne. Nous savons que nous ne sommes pas seuls, que nous avons l'aide toute puissante de Dieu au sein de notre couple. Mais, concrètement cette démarche de réconciliation passe avant tout par : - la prière personnelle, l’Eucharistie et le sacrement de la confession. C’est de là que naît en nous la disposition au pardon.

- Ensuite la démarche de pardon exige d'abord de mettre en lumière les coins sombres de notre conduite et de découvrir la subtilité du péché qui habite en nous. Notre propre égoïsme, l'orgueil, le labyrinthe de nos passions ... sont évidents lorsque nous nous regardons dans le miroir de la Parole de Dieu. Il est essentiel que chacun reconnaisse ses erreurs – qui ont peut-être amené l’autre à un comportement excessif… Lorsqu’il suit cette voie, le pardon devient humble et respectueux, il est alors le véritable signe de l’amour.

-Et puis finalement comprendre que le repentir de l’autre n'est pas une condition nécessaire pour que je puisse le premier offrir le pardon. Évidemment, il est plus facile de pardonner lorsque l'autre nous demande pardon, mais, il faut comprendre qu'il y a des blocages ou des aveuglements qui empêchent l’autre d’admettre sa culpabilité. Pour cela il faut éviter cette « façon impure » de pardonner qui est faite de calculs et de spéculations, du type : «Je te pardonne pour que tu te rendes compte de ce que tu as fait» ; en union avec Jésus, il faut préférer  penser : «Je te pardonne parce que je t'aime». Et alors on retrouve le vrai sens du pardon : l’amour de l’autre.

3. La croissance en maturité : J’entends par là l’effort des époux à grandir ensemble ; l’attention à ce que chacun puisse réaliser les talents que Dieu lui a donnés et développer sa personnalité. Une personne qui se marie à 25 ans n’a pas la même maturité qu’une personne de 50 ans. L’amour fidèle consiste donc à encourager les initiatives, soit pour acquérir de nouvelles compétences, soit pour s’adonner à de nouvelles tâches.

4. La sexualité : il va de soi que la fidélité sexuelle est beaucoup plus que l’exclusion de relations en dehors du mariage. L’union sexuelle est « langage de vie » disait Saint Jean Paul II. Elle confirme la personnalité toute entière des époux. Et elle est bien plus : elle est moteur de réconciliation, elle est don et gratitude, elle est espérance étant donné qu’une nouvelle vie peut être créée. Cette union a aussi une dimension spirituelle : un acte qui contribue à la création divine, un acte de prière central et répété de la vie du couple. Pour cela la blessure qui résulte de la connaissance de l’adultère chez le conjoint est dans la majorité des cas, la perte de confiance. La sécurité intime de l’union est rompue. Rétablir donc la confiance après une affaire d’adultère peut prendre du temps. En tout cas, même si le mariage demeure intact, l’adultère est un signe indéniable qu’il ne se porte pas bien, qu’il y a besoin de restructuration et de guérison.

Conclusion          

Le message final, chers jeunes, est toujours le même : s’engager à vie est toujours possible. Etre fidèle est toujours possible. La fidélité c’est donc quelque chose qui se décide, ce n’est pas négociable et se travaille à 2 tous les jours. Oui, la fidélité est un chemin de bonheur. Ce n’est pas seulement un commandement à respecter c’est aussi quelque chose qui nous fait grandir et nous rend profondément heureux.

Pour cela je termine avec une très belle prière des époux dans la liturgie du mariage. C’est mon souhait que vous soyez, chers jeunes, des couples chrétiens qui accomplissent cette prière dans la fidélité jours après jours jusqu’au grand jour de la Vie Eternelle :

« Seigneur, Tu nous as appelés à fonder ensemble ce foyer, donne-nous la force de l’animer de ton amour : qu’il soit réconfortant pour tous ceux qui y vivront : que notre maison soit accueillante à ceux qui voudront s’y réchauffer. Apprends-nous à progresser l’un par l’autre sous ton regard, à faire ta volonté tous les jours de notre vie, à te faire part de nos projets, à t’offrir nos joies et nos peines, à conduire jusqu’à toi les enfants que Tu nous confieras. Seigneur, toi qui es l’Amour, nous te remercions de notre amour. Amen.

 


[1] Je suivrais quelques idées d’un article de Th. Rey-Mermet en Croire, vivre la foi dans les sacrements : le sacrement du mariage. Paris, 1977, p. 398-406. J’ai adapté quelques idées de l’auteur et j’en ai ajoutées d’autres selon mon intention et les destinateurs de ces pages.

[2] Cf. Th. Rey-Mermet, croire… p. 399.

[3] Cf. Hubert Marianne, « La dimension morale de la fidélité et de l’infidélité conjugale », conférence donnée le 2/5/2004 à Clervaux, Luxembourg. 

[4] Cf. Jean Cardonnel, o.p., rencontré courant 1977.

[5] Révolution complexe, parfois violente. Mai 68 apparaît comme un moment d'illusion révolutionnaire lyrique, de foi ardente et utopique en la possibilité d'une transformation radicale de la vie et du monde. Notamment de la négation des valeurs objectives et négation de la transcendance divine. Ce que refléta notamment une prolifération de graffiti et de slogans imaginatifs : « Sous les pavés, la plage! », « Il est interdit d'interdire ! », « Jouissez sans entraves », « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi », « La vie est ailleurs », « Marx est mort, Dieu aussi, et moi-même je ne me sens pas très bien », etc. (Bernard Lachaise et Sabrina Tricaud, Georges Pompidou et mai 1968, Peter Lang,‎ 2009, p. 203).

[6] Lettre de Zélie Martin à son époux le 31 aout 1873. Cf. Archives du Carmel de Lisieux.

[7] Cf. Hubert Marianne, « La dimension morale… », p. 6.

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