L'AMOUR CHRETIEN DANS LA FAMILLE

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

L'AMOUR CHRETIEN DANS LA FAMILLE

NOTE DU BLOG: Nous publions la dernière homèlie du Père Sergio Perez sur la famille le dimanche 25 octobre 2015 journée de conclusion du Synode sur la famille.

Introduction : l’histoire de l’homme est une histoire d’amour

Beaucoup de personnes se demandent: Pourquoi l'Église insiste-t-elle tant sur le thème du mariage et de la famille? La raison est simple, même si tous ne parviennent pas à le comprendre: de la famille dépend le destin de l'homme, son bonheur, la capacité de donner un sens à son existence. C’est un point sur lequel Jean Paul II insistait: «Le destin de l'homme dépend de celui de la famille et c'est pour cette raison que je ne me lasse jamais d'affirmer que l'avenir de l'humanité est étroitement lié à celui de la famille» (Jean-Paul II).

Autrement dit: les principes et les choix de l’Eglise en matière familiale n’expriment pas une sorte de particularisme; ils ne sont pas seulement confessionnels, mais ils engagent des principes et des choix de la société. Nous avons, donc, le droit de les défendre socialement … Non pas au nom de la foi, mais au nom du bien de la société ... En tant que chrétiens, nous avons une mission particulière pour rendre ce témoignage, non pas comme «une secte» égarée dans la société, mais comme «des précurseurs» qui annoncent quelque chose qui relève, désormais, de l’inconnu. S’il est normal de ne pas être entendus -voire d’être combattus- nous avons le devoir de proposer des arguments humanistes audibles par tous les hommes de bonne volonté. Nous ne demandons pas aux gens de les accepter parce que «c’est l’Eglise qui le dit», mais parce qu’il s’agit d’une expérience de l’humanité.

Depuis ses origines, l'histoire de l'homme est substantiellement une histoire d'amour; car «Dieu a créé l’homme à son image» (Gen 1, 27), et malgré les défigurations que le péché lui a fait subir, cette image demeure toujours vivante au fond de chacun de nous. Or la famille est le premier lieu où se vit l’amour, où il manifeste sa mystérieuse fécondité, où il se transmet et s’apprend.

Le Fils de Dieu lui-même a voulu initier sa course au sein d’une famille. La Providence aurait pu choisir d’autres circonstances pour accomplir le mystère de la Rédemption; mais elle a voulu honorer en tout premier lieu la famille domestique de sa visite, pour signifier à toutes les générations sa suréminente dignité, comme fondement de la «famille de Dieu» (Ep 2, 19) et de toute société humaine.

Et pourtant la famille, qui toujours et partout a été célébrée comme le sanctuaire de la vie, est devenue de nos jours un lieu où rôde la mort. La menace qui pèse sur la vie de l’enfant, fruit et incarnation de l’amour, est la preuve irréfutable que notre société a perdu le sens du mystère de la personne humaine. Lorsqu’un groupe humain revendique conjointement le «droit» à l’enfant et le «droit» de l’éliminer, il reconnaît ouvertement qu’il ne considère plus cet enfant comme une fin en soi, mais simplement comme un moyen au service de la satisfaction des désirs des parents. Ce n’est point le projet originel de Dieu sur l’homme et la femme …

Le dessein de Dieu sur le mariage et la famille

Tout le monde connaît le célèbre récit de la Création par lequel commence la Bible. Il y est dit que Dieu fit l’homme à sa ressemblance en le créant homme et femme. Voilà qui surprend au premier abord. L’humanité pour ressembler à Dieu, doit être un couple de deux personnes en mouvement l’une vers l’autre, deux personnes qu’un amour parfait va réunir dans l’unité. Ce mouvement et cet amour les font ressembler à Dieu, qui est l’Amour même, l’Unité absolue des trois Personnes. Jamais on n’a chanté de manière aussi belle la splendeur de l’amour humain que dans les premières pages de la Bible: «Celle-ci, dit Adam en contemplant sa femme, est la chair de ma chair, les os de mes os. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et ils ne seront qu’une seule chair» (Gen 2, 23-24). En paraphrasant le Pape saint Léon, on peut dire: «O époux chrétiens, reconnaissez votre éminente dignité!».

Ce pèlerinage aux sources nous révèle également que le couple initial, dans le dessein de Dieu, est monogame. Voici de quoi nous surprendre encore, alors que la civilisation ―au temps où prennent corps les récits bibliques― est généralement loin de ce modèle culturel. Cette monogamie, qui n’est pas d’origine occidentale mais sémitique, apparaît comme l’expression de la relation interpersonnelle, celle où chacun des partenaires est reconnu par l’autre dans une égale valeur et dans la totalité de sa personne. Cette conception monogame et personnaliste du couple humain est une révélation absolument originale, qui porte la marque de Dieu, et qui mérite d’être toujours plus approfondie.

Mais cette histoire qui commençait si bien dans l’aube lumineuse du genre humain, connaît le drame de la rupture entre ce couple tout neuf et le Créateur. C'est le péché originel … Pourtant cette rupture sera l’occasion d’une nouvelle manifestation de l’Amour de Dieu. Comparé très souvent à un Epoux infiniment fidèle -par exemple dans les textes des psalmistes et des prophètes- Dieu renoue sans cesse son alliance avec cette humanité capricieuse et pécheresse. Ces alliances répétées culmineront dans l’Alliance définitive que Dieu scella en son propre Fils, se sacrifiant librement pour l’Eglise et pour le monde. Saint Paul ne craint pas de présenter cette Alliance du Christ avec l’Eglise comme le symbole et le modèle de toute alliance entre l’homme et la femme[1], unis comme époux d’une manière indissoluble.

Telles sont les lettres de noblesse du mariage chrétien. Elles sont génératrices de lumière et de force pour la réalisation quotidienne de la vocation conjugale et familiale, au bénéfice des époux eux-mêmes, de leurs enfants, de la société dans laquelle ils vivent, et de l’Eglise du Christ.

A ce propos, il faut dire que les traditions africaines, judicieusement utilisées, peuvent avoir leur place dans la construction des foyers chrétiens en Afrique; je pense notamment à toutes les valeurs positives du sens familial, si ancré dans l’âme africaine et qui revêt plusieurs aspects, susceptibles de porter à la réflexion des civilisations dites «avancées». Par exemple, le sérieux de l’engagement matrimonial au terme d’un long cheminement; la priorité donnée à la transmission de la vie et donc l’importance accordée à la mère et aux enfants; la loi de solidarité entre les familles qui ont fait alliance et qui s’exerce spécialement en faveur des personnes âgées, des veuves et des orphelins; une sorte de coresponsabilité dans la prise en charge et l’éducation des enfants, qui est capable d’atténuer bien des tensions psychologiques; le culte des ancêtres et des défunts qui favorise la fidélité aux traditions. Certes, le défi ou point délicat est d’assumer tout ce dynamisme familial, hérité des coutumes ancestrales, en le transformant et en le sublimant dans les perspectives de la société qui est en train de naître en Afrique.

De toute façon la vie conjugale des chrétiens se vit ―à travers des époques et des situations différentes― sur les pas du Christ, libérateur et rédempteur de tous les hommes et de toutes les réalités qui font la vie des hommes. Comme nous a dit saint Paul: «Tout ce que vous faites, que ce soit au nom de notre Seigneur Jésus-Christ» (Col 3, 17). C’est donc en se conformant au Christ qui s’est livré par amour à son Eglise que les époux accèdent jour après jour, à l’amour dont nous parle l’Evangile: «Aimez-vous, comme je vous ai aimés», et plus précisément à la perfection de l’union indissoluble sur tous les plans.

Les enfants, don précieux du mariage

Mais, toujours selon le dessein de Dieu, le mariage est aussi le fondement d’une communauté plus large qu'est la famille, puisque l'institution même du mariage et l'amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l'éducation des enfants dans lesquels ils trouvent leur couronnement.

Dans sa réalité la plus profonde, l'amour est essentiellement don, et l'amour conjugal, en amenant les époux à la «connaissance» réciproque qui fait qu'ils sont «une seule chair», ne s'achève pas dans le couple; il les rend en effet capables de la donation la plus grande qui soit, par laquelle ils deviennent coopérateurs avec Dieu pour donner la vie à une autre personne humaine. Ainsi les époux, tandis qu'ils se donnent l'un à l'autre, donnent au-delà d'eux-mêmes un être réel, l'enfant, reflet vivant de leur amour, signe permanent de l'unité conjugale et synthèse vivante et indissociable de leur être de père et de mère.

En devenant parents, les époux reçoivent de Dieu le don d'une nouvelle responsabilité. Leur amour parental est appelé à devenir pour leurs enfants le signe visible de l'amour même de Dieu, d'où vient toute paternité au ciel et sur la terre. Il ne faut cependant pas oublier que même dans les cas où la procréation est impossible, la vie conjugale garde toute sa valeur. La stérilité physique peut en effet être pour le couple l'occasion de rendre d'autres services importants à la vie de la personne humaine, tels que l'adoption, les œuvres variées d'éducation, l'aide à d'autres familles, aux enfants pauvres ou handicapés.

Au sein du mariage et de la famille se tisse un ensemble de relations interpersonnelles (rapports entre conjoints, paternité-maternité, filiation, fraternité) à travers lesquelles chaque personne est introduite dans la «famille humaine» et dans la «famille de Dieu» qu'est l'Eglise.

Le mariage et la famille chrétienne construisent l'Eglise. En effet, dans la famille, la personne humaine n'est pas seulement engendrée et introduite progressivement -à travers l'éducation- dans la communauté humaine, mais grâce à la régénération du baptême et à l'éducation de la foi, elle est introduite également dans la famille de Dieu qu'est l'Eglise. La mission, donnée au commencement à l'homme et à la femme, de croître et de se multiplier atteint ainsi toute sa vérité et sa pleine réalisation. Et l'Eglise trouve dans la famille, née du sacrement, son berceau et le lieu où elle peut accomplir sa propre insertion dans les générations humaines, et celles-ci, réciproquement, dans l'Eglise.

Conclusion : Famille, deviens ce que tu es!

Dans le dessein du Dieu Créateur et Rédempteur, la famille découvre non seulement son «identité», ce qu'elle «est», mais aussi sa «mission», ce qu'elle peut et doit «faire». Les devoirs que la famille est appelée par Dieu à remplir dans l'histoire ont leur source dans son être propre et sont l'expression de son développement dynamique et existentiel. Chaque famille découvre et trouve en elle-même cet appel pressant, qui en même temps la définit dans sa dignité et sa responsabilité: famille, «deviens» ce que tu «es»!

Remonter à l'«origine» du geste créateur de Dieu devient alors une nécessité pour la famille si elle veut se connaître et se réaliser selon la vérité profonde. Et comme, selon le dessein de Dieu, elle est constituée en tant que «communauté profonde de vie et d'amour», la famille a la mission de devenir toujours davantage ce qu'elle est, c'est-à-dire communauté de vie et d'amour dans une tension qui trouvera son achèvement dans le Royaume de Dieu.

Il est urgent que les hommes et les femmes de notre temps reprennent conscience de la grandeur de la vocation de l’homme et de la femme, appelés à devenir les proches collaborateurs de Dieu dans l’acte de procréation de leurs enfants. Par sa seule présence, l’enfant est signe de la fécondité de l’Alliance; de l’alliance matrimoniale entre l’homme et la femme, mais aussi de l’Alliance nuptiale entre Dieu et l’humanité: «A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand: je le dis en pensant au Christ et à l’Eglise» (Ep 5, 32).

Le mariage est pour les époux chrétiens, leur façon spécifique d'être disciples de Jésus, de contribuer à l'édification du Royaume de Dieu, de marcher vers la sainteté à laquelle tout baptisé est appelé. C’est pourquoi les époux chrétiens ont aujourd’hui une mission spécifique urgente: au cœur du monde, ils ont à être une «bonne nouvelle pour le troisième millénaire” en étant des témoins convaincus et cohérents de la vérité sur la famille» (Jean-Paul II).

Puissent les époux chrétiens découvrir à l’école de Nazareth «ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable» (Paul VI), et puissent-ils vivre cette vocation et cette mission qui leur est propre, dans la paix, la joie et la fécondité de l’Esprit. Amen.

 

[1] Cf. Ep 5, 25.

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