LA FIN DU MONDE : ANNONCE DE TERREUR OU D’ESPERANCE ?

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

LA FIN DU MONDE : ANNONCE DE TERREUR OU D’ESPERANCE ?

NOTE DU BLOG: Nous publions l'homélie du P. Sergio Perez, IVE le dimanche 15 novembre 2015 à la Cathédrale de Tunis

 

Chers frères et sœurs,

Nous arrivons à la fin de l’année liturgique. La semaine prochaine, nous célébrerons la Fête du Christ Roi, et ce sera le dernier dimanche de cette année dédiée à l’évangile de Saint Marc. Le texte d’aujourd’hui, certes, est un peu compliqué, mais il faut dire tout de suite qu’il est plein d’espérance. Ceux qui enseignent la crainte, la peur de Dieu n’ont rien compris à l’évangile. Le Jour du Seigneur sera l’heure de la victoire remportée par le Christ sur la malice humaine, l’heure de l’amour vainqueur pour l’éternité.

J’aimerai bien commencer notre réflexion d’aujourd’hui par une observation actuelle. La TV nous montre souvent des villes ou villages inondés par les pluies torrentielles. Chaque année, des typhons destructeurs sèment la mort dans un pays riverain d’Amérique du Nord ou dans une île d’Asie. La famine ravage des populations de manière presque constante. Les actes de violence et terrorisme sont devenus désormais quelque chose d’ordinaire, malheureusement ... Bref, l’actualité que nous diffusent les médias n’est qu’une suite de mauvaises nouvelles. Et puis, dans nos vies, à nous, plus proches … que d’épreuves, que d’accidents qui pèsent lourdement sur nous… !

Est-ce que LA FOI, a-t-elle quelque chose à nous dire sur ces questions? Comment Jésus réagissait-Il face aux catastrophes naturelles, devant les craintes et les angoisses de l’être humain?

Il faut avouer que devant l’annonce sombre de tant de souffrances et de destruction, beaucoup préfèrent laisser tomber ces passages de l’Évangile et privilégier d’autres certainement plus beaux, plus attirants ou plus «concrètes», comme les paraboles de la miséricorde ou les récits de la Résurrection du Seigneur. La même sorte a touché, d’ailleurs, à d’autres enseignements du Christ, comme le caractère indispensable de la croix, l’existence de l’enfer et de Satan, le jugement dernier, le péché et la confession sacramentelle, la chasteté et l’indissolubilité du mariage … On fait le tri et on oublie que c’est toujours le Divin Maître qui parle, Jésus Christ, le Fils de Dieu, le même qui parlait de la beauté des lis des champs et de la liberté des oiseaux des ciels, qui prêchait le pardon et invitait à devenir comme les enfants …

Autrement dit: on décide souvent de prendre certains de ses enseignements et laisser tomber les autres, sans s’apercevoir qu’ainsi on porte atteinte à l’autorité du Seigneur et l’on se met à sa place. C’est comme si l’on Lui disait: «Tu es très sympa, Seigneur, Tu es quelqu’un de vraiment bien, mais parfois Tu exagères un peu, Tu dérailles». On commence par omettre de parler de certains sujets, par les décorer ou les diluer, et l’on finit par corriger le divin Maître, comme si l’on été plus équilibrés, plus sages, plus ouverts et même plus bons que Lui.

Pourquoi l’on fait comme-ça? Il faut dire que souvent se glissent ici la méchanceté humaine qui résiste toujours la vérité; d’autres fois c’est plutôt par réaction à une façon déformée ou insuffisante de présenter la doctrine, ou bien par désir de s’accommoder à la mentalité du monde.

Sans doute que certains propos du Seigneur heurtent notre sensibilité. D’ailleurs Il a fait pareil avec sa propre mère: Enfant, il s’est perdu dans le Temple, et quand la Sainte Vierge lui demande la raison, Il Lui dit: «Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père?» / Ou à Cana: «Que me veux-tu, femme? Mon heure n'est pas encore arrivée» / Ou quand Elle Le cherchait: «Qui est ma mère, qui est mon frère … quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère» / Pour en finir depuis la croix: «Femme, voici ton fils», sans compter qu’Il Lui est mort devant les yeux!

Combien de fois le Seigneur semble ne pas comprendre notre sensibilité, ou vouloir nous choquer ou opposer un refus à nos aspirations les plus humaines et légitimes! Comme Marie, nous devrions apprendre à Lui faire confiance au-delà des apparences et savoir que tout dans son évangile est Bonne Nouvelle, et non pas certains passages seulement (ceux que nous choisissons!). Cela demande sans doute la même attitude humble et croyante de la Vierge : «Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur».

Alors, si Jésus nous a annoncé avec des images terribles la fin du monde visible et la destruction définitive de tout ce qui constitue notre paysage habituel, nous devons le croire et essayer de comprendre son message. C’est ce que nous allons essayer …

Dans cet évangile il y a d’abord les mauvaises nouvelles: «Les terribles détresses, le soleil qui s’obscurcit, la lune qui perd son éclat ... » Et Marc, de mauvaises nouvelles, en connaissait assez: la persécution de Néron avait faire disparaître l’Église naissante; le premier pape, Pierre, était crucifié la tête en bas; Paul eut la tête tranchée; les chrétiens de Rome étaient brûlés vifs dans les jardins du Vatican qui faisait alors parti du domaine impérial. Quelques années plus tard, en l’an 70, Jérusalem sera détruite complètement, le temple rasé et les Juifs survivants dispersés à travers le monde.

Le texte d’aujourd’hui fait référence aux malheurs et aux souffrances de tous les temps: guerres, tremblements de terre, feux de forêts, famines, violences, désastres naturels, épidémies, chômage, pédophilie, prostitution, foyers séparés, scandales de toutes sortes, maladies terminales …

Les malheurs arrivent et passent, les puissances de ce monde prennent de la force et puis disparaissent: les empires d’Égypte, de Babylone, de Perse, de Grèce, de Rome sont suivis du Moyen Âge, du féodalisme, des grandes monarchies, de l’époque des Lumières, du Communisme, du Fascisme, du Capitalisme sauvage, etc. Dans toutes les périodes de l’histoire, comme dans toutes les familles et dans toutes les vies, il y a une saison d’automne, suivie de la froidure et du gel hivernal. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire, dit Jésus.

Saint Pierre a prononcé l’une des plus belles phrases du Nouveau Testament: «Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous, à tous ceux qui vous le demanderont. Mais que ce soit avec douceur et respect» (I Pierre 3, 15). Il faut savoir garder bien vivante cette espérance qui est en nous! À travers tout ce que nous vivons, le Christ nous offre une vision du futur qui nourrit notre espérance. «Je suis la résurrection et la vie». «N’ayez pas peur, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps» (Matthieu 28, 20). Il y a des personnes qui semblent destinées à avoir peur toute leur vie. Il existe des gouvernements qui passent leur temps à faire peur aux gens, pour leur dire ensuite: «Votez pour nous et nous vous protégerons». Même certains chefs religieux utilisent la peur pour mieux contrôler leurs adeptes.

Le texte d’aujourd’hui, par contre, est une invitation non à la peur mais à l’espérance. Il se termine avec la belle Parabole du figuier: «Quand ses branches reverdissent et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche». Nous devons aborder, donc, la scène du jugement dernier avec une grande joie et avec une sérénité pleine de lumière puisque le Christ est venu sauver le monde: «Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que par Lui le monde soit sauvé», dit Jésus à Nicodème. (Jean 3,17).

Il est intéressant de constater que, dans le texte d’aujourd’hui, Marc ne parle ni de châtiment, ni de punition, mais de la réalisation d’un grand rêve: «Alors on verra le Fils de l’Homme venir sur les nuées ... » Le thème fondamental de ce texte d’évangile n’est donc pas la fin du monde; ça en sera un effet. Le thème principal de l’évangile d’aujourd’hui est l’arrivée du Fils de l’homme qui vient nous sauver. C’est la réponse du Père à notre prière: «Que ton règne vienne ... » ou «Viens Seigneur Jésus».

On a vraiment rien compris à la pensée de Jésus quand on se fait «prophète de malheurs». «Lorsque tout cela arrivera, sachez que le Seigneur est proche, qu’il est à votre porte.» «Il enverra ses anges pour nous rassembler des quatre coins du monde». Le christianisme sans cette espérance n’est pas le christianisme.

Quel enseignement concret nous pouvons tirer, ce dimanche, de la Parole de Dieu?

Nous devons nous remettre de la première impression et «aller au large». Essayons, donc, de tirer quelques bienfaits de cette annonce catastrophique, qui case nos rêves trop temporels :

1) Tout d’abord, cette annonce nous rende conscients du fait que la vie est un don gratuit: nous n’en sommes pas les maîtres, elle vient de Dieu. Cela est très important dans un monde qui semble obsédé par une sécurité que nul, sinon Dieu, peut garantir.

2) Elle nous incite à mieux saisir le présent, à l’accueillir comme un don et à nous en réjouir.

3) Elle nous rende plus libres et enlève ce qui fait entrave à notre joie; nous apprenons à accepter les petites joies de la vie, si imparfaites, car elles sont gage de la joie éternelle. 

4) Elle nous oblige à ne pas nous faire des illusions et à ne pas nous attacher d’une manière désordonnée aux choses de ce monde qui est passager, éphémère. Elle nous évite ainsi la surprise et la déception démesurées devant ce que naturellement nous ressentons comme une perte.

5) Elle nous console par rapport aux douleurs et aux épreuves d’ici bas, en lui donnant une limite.

6) Elle met une limite à nos soucis et à nos responsabilités, surtout vis-à-vis des êtres chers, que nous apprenons à confier au Seigneur.

7) Elle nous invite à concevoir la vie comme une mission; à veiller, à saisir le caractère limitée et provisoire de notre existence terrestre, qui nous a été donnée afin de produire des fruits pour la vie éternelle. Avec cette vision, nous profitons mieux le temps, nous devenons plus conscients de nos talents, plus responsables de leur utilisation, moins égoïstes et plus actifs.

8) Elle nous prépare au jugement de Dieu par une crainte salutaire: «Ne vous y trompez pas, nous dit Saint Paul- on ne se moque pas de Dieu. Car ce que l'on sème, on le récolte» (Gal 6,7).

9) En fin, elle excite et oriente les désirs de nos cœurs, en les remplissant d’une espérance sûre, sereine, impérissable, fondée sur la Parole de Dieu: «Car nous n'avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous recherchons celle de l'avenir» (Hb 13,14). Comme Abraham, qui a séjourné «dans la Terre promise comme en un pays étranger … car il attendait la ville pourvue de fondations dont Dieu est l'architecte et le constructeur." (Hb 11,10)

Saint Paul, en conclusion de sa première Lettre aux Corinthiens, fait dire aux chrétiens de Corinthe une prière née dans les premières communautés chrétiennes de la région palestinienne: Maranatha!, qui signifie littéralement «Notre Seigneur, viens!» (16, 22). C'était la prière de la première chrétienté. Et le dernier livre du Nouveau Testament, l'Apocalypse, se termine lui aussi par cette prière: "Viens, Seigneur!".

Pouvons-nous, nous aussi, prier ainsi? Il me semble que pour nous aujourd'hui, dans notre vie, dans notre monde, il est difficile de prier sincèrement pour que périsse ce monde, pour que vienne la nouvelle Jérusalem, pour que vienne le jugement dernier et le juge, le Christ.

Je pense que si nous n'osons pas prier ainsi pour de nombreux motifs, nous pouvons cependant également dire d'une manière juste et correcte, avec la première chrétienté: "Viens, Seigneur Jésus!". Bien sûr nous ne voulons pas qu'arrive la fin du monde. Mais d'autre part, nous voulons également que se termine ce monde injuste …

Nous voulons que le monde soit fondamentalement changé, que commence la civilisation de l'amour, qu'arrive un monde de justice, de paix, sans violence, sans faim.

Nous voulons tout cela: et comment cela pourrait-il arriver sans la présence du Christ? Sans la présence du Christ, un monde réellement juste et renouvelé n'arrivera jamais.

C’est pour cela que nous pouvons et nous devons dire nous aussi, avec une grande urgence dans les circonstances de notre époque: Viens, Seigneur Jésus!

Viens à ta manière, selon les manières que Tu seul connais.

Viens où règnent l’injustice, la haine et la violence.

Viens en Palestine, en Irak, en Syrie, en Mali, Nigeria, et dans les nombreuses parties du monde où règnent la guerre et la mort.

Viens aussi dans les camps de réfugiés.

Viens où règne la drogue et l’alcool.

Viens également parmi ces riches qui T'ont oublié, qui vivent seulement pour eux-mêmes.

Viens là où Tu n'es pas connu.

Viens notamment dans nos cœurs, viens renouveler notre vie; viens dans nos cœur pour que nous-mêmes puissions devenir lumière de Dieu, reflet de ta présence.

Chers frères et sœurs, combien cette fin d'année liturgique, doit nous inciter à nous accrocher plus que jamais à l'essentiel, au durable, à l'éternel Le temps presse! Prions en ce sens avec saint Paul: Maranàthà! "Viens, Seigneur Jésus!"; pour que le Christ soit réellement présent aujourd'hui dans notre monde et le renouvelle. Amen.  

 

P. Sergio Perez, IVE

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