LA PORTE SAINTE DU JUBILE

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

LA PORTE SAINTE DU JUBILE

Dans la Bulle d'indiction du Jubilé de la Miséricorde Misericordiae Vultus, le Pape François rappelle l’ouverture de la porte sainte :

« En cette fête de l’Immaculée Conception, j’aurai la joie d’ouvrir la Porte Sainte. En cette occasion, ce sera une Porte de la Miséricorde, où quiconque entrera pourra faire l’expérience de l’amour de Dieu qui console, pardonne, et donne l’espérance.

Le dimanche suivant, troisième de l’Avent, la Porte Sainte sera ouverte dans la cathédrale de Rome, la Basilique Saint Jean de Latran. Ensuite seront ouvertes les Portes Saintes dans les autres Basiliques papales. Ce même dimanche, je désire que dans chaque Eglise particulière, dans la cathédrale qui est l’Eglise-mère pour tous les fidèles, ou bien dans la co-cathédrale ou dans une église d’importance particulière, une Porte de la Miséricorde soit également ouverte pendant toute l’Année Sainte… Chaque Eglise particulière est donc directement invitée à vivre cette Année Sainte comme un moment extraordinaire de grâce et de renouveau spirituel. Donc, le Jubilé sera célébré à Rome, de même que dans les Eglises particulières, comme signe visible de la communion de toute l’Eglise ».

A. La Porte de Saint Pierre

Selon la description faite en 1450 par un certain Giovanni Rucellai de Viterbe, ce fut le Pape Martin V qui, en 1423, ouvrit pour la première fois dans l'histoire des années jubilaires la Porte Sainte de la basilique Saint-Jean de Latran. A cette époque, les années saintes se célébraient tous les 33 ans. Dans la basilique vaticane, l'ouverture de la Porte Sainte remonte pour la première fois à Noël 1499. A cette occasion, le Pape Alexandre VI voulut que la Porte Sainte soit ouverte non seulement à Saint-Jean-de-Latran, mais également dans les autres basiliques romaines: Saint-Pierre, Sainte-Marie-Majeure et Saint-Paul-hors-les Murs.

Une petite porte, probablement de service, qui se trouvait dans la partie gauche de la façade de la basilique Saint-Pierre, fut alors agrandie et transformée en Porte Sainte, précisément à l'endroit où elle se trouve aujourd'hui. Cela conduisit à la destruction d'une chapelle ornée de mosaïques qui se trouvait à l'intérieur de la basilique et qui avait été dédiée par le Pape Jean VII à la Mère de Dieu.

En outre, le Pape voulut que soient bien définies les normes du cérémonial de l'Année Sainte, que ses prédécesseurs n'avaient pas encore précisées, et en particulier les rites d'ouverture et de fermeture de la Porte Sainte. La composition des rites fut confiée par le Pape au célèbre Giovanni Burcardo, Maître des Cérémonies pontificales, originaire de Strasbourg et Evêque des diocèses réunis de Civita Castellana et Orte. La Porte Sainte de l'année jubilaire 1500 fut ouverte la nuit de Noël 1499 et fut fermée en la solennité de l'Epiphanie 1501. Le rituel préparé par Burcardo et approuvé par le Pape, à l'exception de certaines modifications introduites en 1525 par Maître Biagio de Cesena, a été pour la plus grande partie suivi pour tous les jubilés successifs.

B. Séquences rituelles dans le cérémonial du XVI siècle

a) Ouverture

-Le Pape revêt ses habits dans une pièce du Palais apostolique puis, accompagné des cardinaux, se rend dans la Chapelle Sixtine. C'est de là qu'a lieu l'envoi des Cardinaux-légats à l'ouverture des autres portes et à l'adoration du Très Saint Sacrement.

-La procession se dirige vers la Porte Sainte en chantant le Veni Creator Spiritus.

-Le Pape prononce la prière Deus qui per Moysem.

-Il reçoit ensuite le marteau, prononce les versets Aperite mihi portas iustitiæ et frappe trois coups sur le mur de la Porte Sainte.

-Les maçons poursuivent l'œuvre d'ouverture tandis que s'élève le Psaume Iubilate Deo omnis terra.

-Le Pontife s'agenouille sur le seuil de la Porte.

-Le Pape passe le premier par la Porte Sainte tandis que le choeur chante le Te Deum laudamus.

-La procession se dirige vers l'autel pour la célébration des Vêpres.

b) Fermeture

-Le Pape entre en procession dans la basilique à travers la Porte Sainte et préside les Vêpres dans la basilique.

-Le Pontife envoie ensuite les Cardinaux-légats à la fermeture des portes des autres basiliques.

-Vient ensuite la procession vers les reliques d'abord, puis vers la Porte Sainte, tandis que s'élèvent d'autres chants pour l'occasion.

-A ensuite lieu la présentation et l'adoration des reliques du Suaire et de la Lance.

-Le Pape est le dernier à passer par la Porte Sainte.

-Il bénit ensuite les pierres et les briques.

-Avec la truelle, le Souverain Pontife étend de la chaux sur le seuil de la Porte Sainte et y dépose trois briques ainsi que quelques pièces d'or et d'argent.

-D'autres briques sont ensuite déposées, puis les maçons, en dehors et à l'intérieur de la basilique, concluent l'acte de fermeture tandis que le choeur entonne l'hymne Cælestis Urbs Ierusalem.

-Le Pape prononce la prière Deus qui in omni loco et monte sur la Loggia des bénédictions pour donner la Bénédiction apostolique solennelle.

C. Eléments caractéristiques du Cérémonial traditionnel

Du Jubilé de 1500 au Jubilé de 1950, les rites de la Porte Sainte sont restés à peu près identiques. Ces rites étaient caractérisés par certains éléments particuliers.

Le mur. De 1500 à 1975, la Porte Sainte des quatre basiliques romaines était fermée de l'extérieur par un mur et non par une porte. Au moment de l'ouverture, on n'ouvrait donc pas les battants d'une porte, mais on abattait un mur: le Pape en abattait une partie et les maçons complétaient ensuite l'œuvre de démolition. Nous avons tous encore en mémoire la peur ressentie lorsque les gravats tombèrent à quelques centimètres du Pape Paul VI lors de l'ouverture de la Porte Sainte en 1974.

Le marteau. A Noël de l'année 1949, le Pape utilisa le marteau pour frapper trois coups contre le mur qui fermait la Porte Sainte. A l'origine, on utilisait le marteau des maçons et les coups donnés n'étaient pas entièrement symboliques. Presque immédiatement, toutefois, le marteau devint un objet artistique et précieux. En 1525, le marteau utilisé était en or avec un manche en ébène.

La truelle. La truelle était utilisée par le Pape lors du rite de fermeture. Son utilisation est rapportée à partir de 1525. Le dernier Pape l'ayant utilisée fut Pie XII lors du rite de fermeture  de  l'Année  Sainte  de  1950[1]

Les briques. L'utilisation de briques dans le rite de fermeture de la Porte Sainte date du Jubilé de 1500. Le chroniqueur du Jubilé de 1423 écrit que « les personnes portent tant de dévotion aux briques et aux pierres que lorsque la porte est démurée, le peuple les emporte toutes et les étrangers les emportent chez eux comme des reliques saintes »[2]. Le rite de fermeture de la porte, rédigé par Burcardo à l'occasion de l'Epiphanie de 1501, prévoit que deux cardinaux déposent dans le mur deux petites briques: l'une d'or et l'autre d'argent.

Les pièces de monnaie. La coutume d'inclure également des pièces de monnaie dans le mur de la Porte Sainte remonte au Jubilé de 1500. Au début, les pièces étaient simplement coulées dans la chaux. A partir de 1575, elles sont placées dans un coffre métallique. Cette coutume est encore en vigueur.

L'eau bénite. L'utilisation de l'eau bénite est déjà prévue dans le rituel de 1525 pour bénir les pierres et les briques qui servaient pour la fermeture de la Porte Sainte. Successivement, l'utilisation fut introduite également pour l'ouverture de la Porte: les Pénitenciers, après avoir abattu le mur, passent des linges imprégnés d'eau bénite sur les montants et sur le seuil de la porte. Ce rite est resté en vigueur jusqu'à la dernière Année Sainte.

La porte de bois. A l'extérieur de la basilique, la Porte Sainte était fermée par un mur, tandis qu'à l'intérieur, le mur était recouvert par une simple porte de bois. La porte était retirée avant que le mur ne soit abattu et replacée tout de suite après car elle servait à fermer la nuit lorsque les visites des pèlerins n'étaient plus permises. Les portes de bois simples et sans ornements que nous voyons aujourd'hui encore fermer de l'extérieur les Portes Saintes de Saint-Jean-de-Latran, Sainte-Marie-Majeure et Saint-Paul, sont les anciennes portes qui, jusqu'au Jubilé de 1975, se trouvaient devant la Porte Sainte à l'intérieur de la Basilique. Dans la basilique Saint-Pierre, au contraire la dernière porte de bois, inaugurée par le Pape Benoît XIV en 1748, fut substituée le 24 décembre 1949 par une porte de bronze bénie par le Pape Pie XII immédiatement après l'ouverture de la Porte Sainte.

D. Le changement de 1975

A Noël 1975, le rite de fermeture de la Porte Sainte fut modifié. Le Pape n'utilisa plus la truelle et les briques, pour commencer la reconstruction, mais referma simplement les battants de la porte de bronze de 1950. La porte, qui jusqu'à présent était à l'intérieur de la basilique, fut alors placée à l'extérieur, telle que nous la voyons aujourd'hui encore. Le mur qui refermait la porte de l'extérieur fut par la suite reconstruit à l'intérieur de la basilique et le 27 février de la même année, on y scella le traditionnel coffre contenant les pièces et le parchemin qui en attestait la fermeture.

E. Le rituel actuel prévu pour le Jubilé

a) Adaptation de l’ouverture de la porte Sainte dans une Cathédrale.

Dans l'esprit et selon la tradition du Jubilé, répétés dans les indications pour le Rite d'ouverture du grand Jubilé dans les Eglises particulières, les rites prévus pour l'ouverture de la Porte Sainte sont les suivants: trouveront place dans l'atrium de la cathédrale, avant le début de la procession d'entrée: l’Évêque avec les vêtements sacrés, les servants de Messe, la chorale, les fidèles. Au moment donné ils commencent la procession vers la Porte Sainte. Au cours de la procession, la chorale chante un chant approprié. Tous prennent place devant la Porte Sainte.

L’Évêque, une fois arrivé devant la Porte Sainte, commence la célébration par le signe de la Croix, le salut liturgique et une réflexion. S'ensuit la prière pour l’ouverture de la Porte de la miséricorde. L’Évêque se rend ensuite en silence vers la Porte Sainte. Devant la porte, il chante le verset: 

+Haec porta Domini,

Tous répondent: Iusti intrabunt in eam (Ps 117, 20).

Eveque: Introibo in domum tuam, Domine;

Tous répondent: Adorabo ad templum sanctum tuum (Ps 5, 8).

Évêque : Aperite mihi portas iustitiæ.

Tous répondent: Ingressus in eas, confitebor Domino (Ps 117, 19).

L’Évêque gravit ensuite en silence les marches et ouvre la porte en poussant les battants des deux mains. De l'intérieur de la cathédrale, deux servants de messe ouvriront complètement la porte. Dès l'ouverture de la porte, l'intérieur de la cathédrale est totalement illuminé et l’Évêque s'agenouille sur le seuil et y demeure quelques instants en silence.

La chorale entonne ensuite l'acclamation Misericordes sicut Pater! Misericordes sicut Pater! L’Évêque entre ensuite dans la cathédrale et commence la procession vers l’autel tandis que la chorale entonne le chant Jubilez criez de joie qui accompagne l'entrée de la procession dans la Cathédrale.

Lorsque la procession arrive devant l'autel,
l’Évêque arrive à la Chaire et il met sa chasuble et encense l’autel. La célébration de la Sainte Messe se poursuit ensuite comme d'habitude.

Les moments rituels les plus expressifs prévus dans le rite d'ouverture de la porte sainte, sont les suivants: 

La procession et la « statio » devant la porte, avec l'acclamation Misericordes sicut Pater! Misericordes sicut Pater! devant la porte ouverte. Ce sont des paroles que le Pape François a proposées comme devise du Jubilé. Celles-ci indiquent dans la porte ouverte le signe du Dieu riche en miséricorde qui nous invite à être nous aussi pleines de miséricorde.

La décoration de la porte avec des fleurs et l'utilisation de parfums, outre un hommage au symbole du Christ, porte universelle de salut, exprime  l'aspect  caractéristique  de   joie constitué par l'année jubilaire. La joie exprimée par les fleurs et par les parfums avec lesquels est ornée la porte remplace l'aspect pénitentiel de l'eau lustrale versée jadis sur l'encadrement par les pénitenciers de la basilique de Saint Pierre. Lorsque l’Évêque franchira le seuil, ce sera un moment de joie auquel prendra part toute notre église particulière; en effet, la porte est décorée et parfumée par les fidèles qui participent dans l'Eglise au sacerdoce royal du Christ.

Le son du cor exécuté par des instruments musicaux typiques de la culture africaine, rappelle la convocation du Jubilé biblique; mais marque également le début joyeux de l'année jubilaire pour tout le peuple chrétien. Le son n'exprime pas seulement la joie de la porte ouverte, mais est également une invitation à tous les chrétiens à franchir le seuil de l'espérance dans l'année jubilaire.

F. Signification de la Porte Sainte  

Le signe de la Porte Sainte, qui caractérise le Jubilé de la miséricorde, « évoque le passage que tout chrétien est appelé à effectuer du péché à la grâce. Jésus a dit: « Moi, je suis la porte » (Jn 10, 7), pour montrer que personne ne peut accéder au Père sinon par lui. Cette affirmation de Jésus atteste que lui seul est le Sauveur envoyé par le Père. Il n'y a qu'une seule porte qui ouvre toute grande l'entrée dans la vie de communion avec Dieu, et cette porte, c'est Jésus, chemin unique et absolu de salut. « L'indication de la porte rappelle la responsabilité qu'a tout croyant d'en franchir le seuil. Passer par cette porte signifie professer que Jésus-Christ est le Seigneur, en raffermissant notre foi en lui, pour vivre la vie nouvelle qu'il nous a donnée. C'est une décision qui suppose la liberté de choisir et en même temps le courage d'abandonner quelque chose, sachant que l'on acquiert la vie divine (cf. Mt 13, 44-46) »[3].

 

P. Silvio Moreno, IVE


[1] Cf. O.R.L.F., n. 1 du 5 janvier 1951.

[2] Cf. L. Bargellini, L'Année Sainte, 66.

[3] Saint Jean Paul II, Incarnationis Mysterium, n. 8.

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