IMPOSITION CENDRES - CAREME

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

IMPOSITION CENDRES - CAREME

Le rite des Cendres au cours des siècles.

Au début du Christianisme, le rite des Cendres n’était pas associé nécessairement au début du Carême. Certaines Eglises locales l’adoptèrent vers l’an 300, et il fut alors associé au rite d’excommunication temporaire, ou, de renvoi des pécheurs publics de la communauté de ces « fidèles » qui s’étaient rendus coupables de péchés ou de scandales majeurs (apostasie, hérésie, meurtre et adultère – fautes considérées alors comme des péchés capitaux).

Au VIII° siècle environ, cette coutume fut à l’origine, dans certaines églises, d’une cérémonie publique, le rite dit du Mercredi des Cendres. Les pécheurs confessaient alors leurs péchés en privé. Puis on les présentait à l’Evêque, et ils étaient mis publiquement au rang des pénitents. Ils devaient alors se préparer pour recevoir l’absolution donnée par le Pontife le Jeudi Saint. Après l’imposition des mains, et l’imposition des cendres, ils étaient renvoyés de la communauté, comme Adam et Eve l’avaient été du Paradis Terrestre. On leur rappelait, certes, que la mort était la conséquence du péché : « tu, es poussière et tu retourneras en poussière » (Genèse 3, 19). Les pénitents vivaient alors en marge de leur famille et du reste de la communauté des fidèles pendant les quarante jours du Carême. C’est de là que vient l’expression « mettre en quarantaine ». Ils avaient également revêtu un sac, et, avec les cendres qui les recouvraient, cela permettait de les reconnaître lors des assemblées, ou encore aux portes des églises où ils étaient relégués le plus souvent. On est bien loin de la « pénitence » donnée par le confesseur, de nos jours ! En effet, cette pratique pénitentielle comprenait l’abstinence de viande, d’alcool, de bain ; il était interdit de se faire couper les cheveux, de se raser, de gérer ses affaires et dans certains diocèses, ces pénitences pouvaient durer plusieurs années !

Dans ces pratiques on doit noter le sens profond du péché et de ses conséquences pour la vie éternelle. Il serait bon de reprendre les pénitences « antiques » de l’Eglise, qui ne remontent pas à plus de 50 ans : le jeûne, le vrai jeûne, l’abstinence de viande, les sacrifices volontaires et les privations que la générosité de chacun et son sens du péché pourraient lui inspirer ! « Si vous ne faites pénitence, nous avertit Jésus, vous périrez tous »… Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende !

Au Moyen-Age, ce qui domine c’est la dimension personnelle du péché, plutôt que son caractère public. Et c’est pourquoi les traditions associées au Mercredi des Cendres furent appliquées à tous les fidèles des paroisses, sous des formes différentes.

Le Mercredi des Cendres marque l’entrée officielle en Carême

La fête de Pâques est précédée par le Carême qui dure 40 jours et est en relation avec les 40 jours de jeûne, de prière et de pénitence de Jésus au désert, et de sa lutte victorieuse contre le démon. Les 40 jours du Carême sont aussi à mettre en relation avec les 40 ans passées par les Hébreux, dans le désert, nourris par la manne, « le pain descendu du Ciel », qui les a conduits jusqu’à la Terre Promise.

Notre Carême est ainsi une marche vers la Terre Promise, vers la Patrie du Ciel, dont le Christ Ressuscité nous montre le Chemin, lui qui est la Voie, la Vérité et la Vie, soutenus par le Pain Vivant descendu du Ciel, le Corps et le Sang du Christ (Dernière Cène), que nous recevons dans la Sainte Communion, après avoir confessé tous nos péchés avec une bonne Confession.

N’oublions pas que, en recevant les cendres bénites sur notre front, nous n’accomplissons pas un geste banal ou magique : il doit être le signe, que nous acceptons en ce jour, la pénitence volontaire que nous sommes résolus à nous imposer avec rigueur pendant toute la durée du Carême pour renaître à une vie nouvelle. C’est donc une lutte de l’esprit contre la chair. C’est ce que souligne dom Guéranger, à propos du Mercredi des Cendres (Année Liturgique). Il écrit : « Dans cette lutte de l’esprit contre la chair, il nous faut être armés, et voici que la sainte Eglise nous convoque dans ses temples, pour nous dresser aux exercices de la milice spirituelle. Déjà saint Paul nous a fait connaître en détail toutes les parties de notre défense : « Que la vérité, nous a-t-il dit, soit votre ceinture, la justice votre cuirasse, la docilité à l’Evangile votre chaussure, la foi votre bouclier, l’espérance du salut le casque qui protégera votre tête » (Eph. VI, 16). Le Prince des Apôtres vient lui-même, qui nous dit : « Le Christ a souffert dans sa chair ; armez-vous de cette pensée » (I Petr. IV, 1.). A présent, on peut le regretter, le prêtre qui impose les cendres peut se servir de deux formules : la formule ancienne biblique qui remonte aux premiers temps de l’humanité : « Homme, souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière », qui exprime bien ce qu’elle veut dire. Et l’autre formule: « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile » (Marc 1,15). Pour se convertir, il faut d’abord être conscient de ses faiblesses et de ses limites. La pensée de la mort qui est souvent accompagnée de souffrances me semble beaucoup plus adaptée à faire prendre conscience de notre faiblesses, de nos limites, et nous invite directement à penser à la vie « après la mort ».

Tel est le motif qui porta la sainte Eglise, lorsqu’elle jugea à propos, il y a plus de mille ans, d’anticiper de quatre jours le jeûne quadragésimal, à ouvrir cette sainte carrière en marquant avec la cendre le front de ses enfants, et en redisant à chacun les paroles du Seigneur qui nous dévouent à la mort. Mais l’usage de la cendre, comme symbole d’humiliation et de pénitence, est bien antérieur à cette institution, et nous le trouvons déjà pratiqué dans l’ancienne alliance. Job lui-même, au sein de la gentilité, couvrait de cendres sa chair frappée par la main de Dieu, et implorait ainsi miséricorde, il y a quatre mille ans (Job. XVI, 16). Plus tard, le Roi-Prophète, dans l’ardente contrition de son cœur, mêlait la cendre au pain amer qu’il mangeait (Psalm. CI, 10) ; les exemples analogues abondent dans les Livres historiques et dans les Prophètes de l’Ancien Testament. C’est que l’on sentait dès lors le rapport qui existe entre cette poussière d’un être matériel que la flamme a visité, et l’homme pécheur dont le corps doit être réduit en poussière sous le feu de la justice divine. Pour sauver du moins l’âme des traits brûlants de la vengeance céleste, le pécheur courait à la cendre, et reconnaissant sa triste fraternité avec elle, il se sentait plus à couvert de la colère de celui qui résiste aux superbes et veut bien pardonner aux humbles.

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