FORMATION DE LA CONSCIENCE MORALE

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

FORMATION DE LA CONSCIENCE MORALE

La conscience et son éducation

A Londres, deux semaines après John Fisher, le 6 juillet 1535, sir Thomas More monte sur l’échafaud. Né dans la capitale anglaise le 6 Février 1478, après des études de droit et une période de discernement, quatre ans durant, passée dans une chartreuse, Thomas s’était orienté vers une carrière politique, jusqu’à devenir député en 1504. Thomas, marié et père de 4 enfants, était monté, degré après degré, jusqu’à la charge de Grand Chancelier du Roi d’Angleterre : Henri VIII.

La fidélité de More et de Fisher envers le roi trouva pourtant un obstacle dans les démarches entreprises par ce dernier pour divorcer de Catherine d’Aragon et transmettre les droits de succession aux fils de sa seconde femme, Anne Boleyn. L’acte crucial, toutefois, auquel tous deux refusèrent catégoriquement de se soumettre et qu’ils payèrent du martyre, fut l’Acte de suprématie : puisque le pape s’opposa fermement à ce divorce, le roi décida d’être reconnu comme chef suprême sur terre de l’Église d’Angleterre et faire ainsi de sa propre volonté.

Pour Thomas, la fidélité au témoignage de sa conscience était supérieure à tout. «Certains croient que, s’ils parlent d’une façon et pensent d’une autre, Dieu aura plus d’attention à leur cœur qu’à leurs lèvres, écrit-il à sa fille Marguerite. Pour moi, je ne puis agir comme eux en une matière aussi importante: je n’omettrais pas le serment si ma conscience me dictait de le faire, même si les autres le refusaient; et tout autant, je ne le prêterais pas contre ma conscience, même si tout le monde y souscrivait».

Nous nous demandons alors qu’est-ce que la conscience? Pourquoi est-elle si importante, au point tel qu’impose aux hommes de renoncer à leur vie avant de la trahir ?

Une bataille contre la conscience

La bataille de la foi dans le monde actuel et moderne se réalise au niveau de notre conscience. L’ennemi de la nature humaine, le démon, n’as pas peur de tout écraser : la patrie, les institutions, la vérité, la famille, l’école et bien sur l’église. Cependant il y a un seul bastion  qu’il ne peut pas prendre par la force : la conscience. Son chef absout est Dieu et hors de lui, tous les autres doivent demander la permission pour y rentrer. Personne ne peut prendre ni détruire notre conscience, soif si nous-mêmes nous le faisons et nous la rendons à nos ennemis.    

Pour cela c’est une bataille très particulière. Nous pouvons combattre ensemble bien sûr, mais cela ne nous empêche pas et ne nous excuse pas de combattre individuellement. Il y a un moment déterminé de la vie où cette bataille frappe les portes de mon cœur ou de ma conscience. Donc celui qui ne veut pas combattre, par le même fait, il est déjà vaincu. Il faut le savoir, ils peuvent détruire notre travail, notre famille, nos biens, notre économie, notre tranquillité et notre vie. Mais jamais ils pourront nous enlever la conscience, sauf si nous ne combattons pas.      

Quels moyens pour combattre notre conscience ?

Trois façons :

1. Changer l’idée (concept et définition) de conscience.

2.  Seduir la conscience.

3. Menacer la conscience.

***

1. Changer l’idée de conscience

Cette première stratégie nous dit que la conscience est celle qui crée le bien et le mal. Celle qui décide ce qui est bien et ce qui est mal.

Pour comprendre cette erreur il faut définir la conscience : « La conscience est le centre le plus intime et le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre » (GS 16).

Ce que nous appelons « conscience » fait référence à certains jugements de notre intelligence. Dans ce sens nous distinguons : conscience psychologique : celle qui nous dit « ce que » nous faisons ou nous avons fait ou nous allons faire : j’ai écrit, j’ai marché, je vais prier, etc. Conscience morale : « jugement de la raison par lequel la personne humaine reconnait la qualité morale d’un acte concret (bonté ou malice d’un tel acte) qu’elle va a poser, est en train d’exécuter ou a accompli » (CEC n. 1776).     

Comment cela se fait-il? Au fond de notre conscience nous découvrons d’une façon naturelle la présence d’une loi que nous ne nous sommes pas donnée à nous même. Mais à laquelle nous sommes tenus d’obéir. Or, cette loi que ne cesse pas de nous presser à aimer et à accomplir le bien et éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de notre cœur.

Il s’agit donc d’une « loi naturelle » qui nous indique le bien à faire et le mal à éviter. Ce qui nous perfectionne et ce qui nous blesse moralement (nous apprenons naturellement par exemple la bonté de l’amour des parents, la malice de la trahison de la patrie, la bonté de défendre notre père ou notre mère, la malice de tuer quelqu’un).

Pour cela la conscience ne peut rien décider pour soi-même, ne peut pas être l’arbitre des valeurs morales de nos actions. Le cardinal Newman écrivait : « la conscience est une loi de notre esprit, mais qui dépasse notre esprit… Elle est la messagère de Celui qui, dans le monde de la nature, comme dans celui de la grâce, nous parle à travers le voile, nous instruit et nous gouverne. La conscience est le premier de tous les vicaires du Christ » (Lettre au duc de Norfolk).

Le rôle de la conscience. Elle a un triple rôle intérieur :

1. Elle est témoin de ce que nous faisons ou nous avons fait, de la bonté ou malice de nos actes.

2. Elle est un juge: nous félicite lorsque nous agissons bien et nous condamne lorsque nous agissons mal (remords de la conscience). Saint Paul Rm 2,15.

3. Elle est un pédagogue: elle nous découvre et nous indique le chemin pour bien agir.    

Or, cette lumière (la conscience) de notre intelligence par laquelle nous jugeons de nos actes, nous l’a donnée Dieu lui-même lorsque nous sommes été crées. Et cette lumière est participation de sa lumière éternelle, pour cela nous appelons la conscience : la voix de Dieu. « La conscience est comme le héraut et le messager de Dieu ; ce qu’il dit, elle ne le prescrit pas d’elle-même, mais elle le prescrit comme venant de Dieu, à la manière d’un héraut lorsqu’il proclame l’édit du roi »[1]. Saint Jean Paul II écrit : « La conscience morale n’enferme pas l’homme dans une solitude insurmontable et impénétrable, mais elle l’ouvre à l’appel, à la voix de Dieu. C’est là et nulle part ailleurs que résident tout le mystère et la dignité de la conscience morale, dans l’existence, c’est-à-dire le lieu, l’espace sacré où Dieu parle à l’homme »[2].

De tout cela nous déduisons deux importantes vérités pour l’anthropologie, la psychologie et la morale:

1. La conscience ne crée pas la vérité, mais elle la découvre. De la même façon que je découvre la réalité physique objective, je découvre aussi la vérité morale objective (la loi naturelle) qui nous enseigne la bonté et la malice de certaines choses, que cela me plaise ou pas. 

2. La conscience n’est pas infaillible, mais faillible. Il se peut que notre conscience à cause d’une mal formation n’arrive pas à bien connaitre cette vérité morale. En effet la conscience est un acte de notre intelligence qui est créée, faillible, blessée et influençable. « Mais il arrive que la conscience morale soit dans l’ignorance et porte des jugements erronés sur des actes à poser ou déjà commis » (CEC n.1790).

Cela arrive parce que les jugements de notre conscience compromettent et engagent toute notre personne. Connaitre par exemple qu’une certaine conduite dans mes actions, soit dans ma vie privée, dans mon travail ou dans mon couple est en contradiction avec la loi naturelle et objectivement grave, ne peut pas me laisser indifférent. Bien au contraire cela exige que je prenne une ferme décision de changer ce qui ne va pas dans ma vie. De la même façon, reconnaitre que j’ai une obligation morale et que je dois l’accomplir coute quoi qu’il en coute. Pour cela donc nos jugements (qui proviennent de la conscience) peuvent être bloqués par nos défauts, par notre commodité, par notre paresse, par nos passions, par notre orgueil, etc.  

Certes, nous avons l’obligation de suivre notre conscience, mais personne peut s’excuser de son erreur ou péché en disant : « je ne savais pas, je suivis ma conscience ».  Cette ignorance peut souvent être imputée à la responsabilité personnelle. Il en va ainsi, «  lorsque l’homme se soucie peu de rechercher le vrai et le bien et lorsque l’habitude du péché rend peu à peu la conscience presque aveugle » (GS 16). En ces cas, la personne est coupable du mal qu’elle commet[3].

« Si – au contraire – enseigne le catéchisme de l’Eglise Catholique, l’ignorance est invincible, ou le jugement erroné sans responsabilité du sujet moral, le mal commis par la personne ne peut lui être imputé. Il n’en demeure pas moins un mal, une privation, un désordre. Il faut donc travailler à corriger la conscience morale de ses erreurs » (CEC n. 1793).

Saint Jean Paul II affirme: « Il ne suffit donc pas de dire à l’homme : obéis toujours ta conscience. Il est nécessaire d’ajouter immédiatement : demande-toi si ta conscience dit le vrai ou le faux, et cherche, sans te laisser, à connaitre la vérité »[4].  

Donc soutenir que la conscience est celle qui décide ce qui est bon ou  mauvais (cela se voit très fréquemment y compris dans le langage quotidien: à mon avis, je pense que, je ne suis pas d’accord…) est très dangereux. Au fond nous affirmons et nous croyons que la conscience est infaillible. Mais cela n’est pas vrai. En effet, elle va nous illuminer correctement « seulement » lorsqu’elle cherchera humblement de se conformer avec la loi de Dieu.

2. La séduction de la conscience

C’est-à-dire acheter la conscience. Agir contre sa propre conscience à prix de promesses, de l’argent et de cadeaux. Malheureusement nous voyons même de catholiques qui trahissent leur propre conscience pour un peu d’argent. Attention! Judas l’avait déjà fait pour 30 pièces d’argent. D’autres, par contre, ont résisté jusqu’au martyre. Ne l’oublions pas notre conscience a été acheter une seul fois: le sacrifice de Crist sur la croix.  

3. La peur et la menace

Dans ce sens il faut parler de l’objection de conscience. Dès l’origine du christianisme, la prédication apostolique a toujours enseigné aux chrétiens d’obéir aux pouvoirs publics légitimement constitués, mais elle a donné en même temps le ferme avertissement qu’« il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29). Cela est important surtout dans les questions qui touchent la vie humaine. En effet, l’Église rappelle la valeur incomparable de la personne humaine (voir l’instruction Dignitas Personae). Il est ainsi des pratiques, comme l’avortement, l’euthanasie, l’anti-conception, etc., que l’Église considère comme des crimes qu’aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer : « Des lois de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave et précise de s’y opposer par l’objection de conscience »[5]. Ainsi par exemple, l’Académie pontificale pour la vie appelle en 2000 dans un communiqué à faire acte d’objection de conscience morale contre la pilule du lendemain, considérée comme une forme d’agression à l'égard de l'embryon humain.

L’Église appelle également à refuser de participer à la perpétration d’injustices, parce qu’il s’agit non seulement d’un devoir moral, mais aussi d’un droit humain élémentaire : « Ceux qui recourent à l’objection de conscience doivent être exempts non seulement de sanctions pénales, mais encore de quelque dommage que ce soit sur le plan légal, disciplinaire, économique ou professionnel »[6].

Lorsque des lois civiles et humaines en viennent à violer l’ordre moral, l’objection de conscience peut aller jusqu’au martyre. Dans l’encyclique Veritatis Splendor (1993), Jean-Paul II évoquait le martyre « vécu comme l’affirmation de l’inviolabilité de l’ordre moral » (n° 92). « Si le martyre représente le sommet du témoignage rendu à la vertu morale, auquel relativement peu de personnes sont appelées, il n’en existe pas moins un témoignage cohérent que tous les chrétiens doivent être prêts à rendre chaque jour, même au prix de souffrances et de durs sacrifices » (n° 93).

4. Education et formation de la conscience

Comme nous l’avons déjà dit, la conscience est appelée à écouter la voix de Dieu, mais cela n’est pas toujours évident et elle peut se tromper. Pour cela il faut former et éduquer la conscience: « La conscience doit être informée et le jugement moral éclairé. Une conscience bien formée est droite et véridique… L’éducation de la conscience est indispensable à des êtres humains soumis à des influences négatives et tentés par le péché de préférer leur jugement propre et de récuser les enseignements autorisés. L’éducation de la conscience est une tâche de toute la vie… L’éducation de la conscience garantit la liberté et engendre la paix du cœur » (CEC nn. 1783-84).

Pour former et éduquer notre conscience il faut :

*Grandir dans une bonne famille chrétienne. Jean Paul II à toujours réaffirmé un principe essentiel : « Dans la tache capitale de formation de la conscience, la famille a un rôle de première importance. C’est un grave devoir pour les parents que d’aider leurs enfants, des leur plus jeune âge, à chercher la vérité et à vivre conformément à elle, à chercher le bien et à le promouvoir »[7].

*Connaissance, amour et docilité au magistère de l’Église : « Pour former leur conscience, les chrétiens sont grandement aidés par l’Eglise et par son Magistère, ainsi que l’affirme le Concile : « Les fidèles du Christ, pour se former la conscience, doivent prendre en sérieuse considération la doctrine sainte et certaine de l’Eglise. De par la volonté du Christ, en effet, l’Eglise catholique est maîtresse de vérité ; sa fonction est d’exprimer et d’enseigner authentiquement la vérité qui est le Christ, en même temps que de déclarer et de confirmer, en vertu de son autorité, les principes de l’ordre moral découlant de la nature même de l'homme». L’autorité de l’Eglise, qui se prononce sur les questions morales, ne blesse donc en rien la liberté de conscience des chrétiens : d’une part, la liberté de conscience n’est jamais une liberté affranchie « de » la vérité, mais elle est toujours et seulement « dans » la vérité ; et, d’autre part, le Magistère ne fournit pas à la conscience chrétienne des vérités qui lui seraient étrangères, mais il montre au contraire les vérités qu’elle devrait déjà posséder... L’Eglise se met toujours et uniquement au service de la conscience, en l’aidant à ne pas être ballottée à tout vent de doctrine au gré de l’imposture des hommes (cf. Ep 4, 14), à ne pas dévier de la vérité sur le bien de l’homme, mais, surtout dans les questions les plus difficiles, à atteindre sûrement la vérité et à demeurer en elle »[8].

*Avoir critères de discernement : cela grâce à la vertu de prudence, aux conseils des personnes avisées et à l’aide de l’Esprit Saint et de ses dons. Trois critères peuvent donc nous aider :

– Il n’est jamais permis de faire le mal pour qu’il en résulte un bien. La fin ne justifie pas le moyen.

– La « règle d’or » : « Tout ce que vous désirez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux » (Mt 7, 12 ; cf. Lc 6, 31 ; Tb 4, 15).

– La charité passe toujours par le respect du prochain et de sa conscience : « En parlant contre les frères et en blessant leur conscience ..., c’est contre le Christ que vous péchez » (1 Co 8, 12). « Ce qui est bien, c’est de s’abstenir... de tout ce qui fait buter ou tomber ou faiblir ton frère » (Rm 14, 21).

*Eduquer au réel[9] : dans ce sens le virtuel est particulièrement dangereux pour les jeunes et pour leur conscience. Le monde virtuel risque de déformer la propre conscience. Dans un monde irréel, l’intelligence des personnes ne peut pas construire, elle ne parvient jamais à atteindre le vrai qui est pourtant son but et stérilise ainsi l’intelligence et toute la vie intérieure. Dans l’irréel, aucun control de l’erreur n’est possible, rien ne peut y unir la pensée, et la volonté n’y a aucune part, le virtuel conduit à l’éclatement de la personne. Bien au contraire c’est la parole qui construit, qui permet la connaissance, qui éduque. C’est donc dans une relation concrète, riche et constante que l’on pourra éduquer car c’est la relation qui permet l’échange, la discussion, l’écoute de la parole de l’autre. Pour former la conscience donc il ne suffit pas de connaitre de bonnes méthodes, il faut avant tout être, ce qui est beaucoup plus difficile et exigeant.

*Eduquer aux vertus : « En effet, pour pouvoir discerner la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait (Rm 12, 2), la connaissance de la Loi de Dieu est certes généralement nécessaire, mais elle n’est pas suffisante : il est indispensable qu’il existe une sorte de «connaturalité » entre l’homme et le bien véritable. Une telle connaturalité s’enracine et se développe dans les dispositions vertueuses de l’homme lui-même : la prudence et les autres vertus cardinales, et d’abord les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité... » (VS n.64).

L’éducation de la conscience ne peut se faire donc sans l’apprentissage de la pratique des vertus théologales : foi, espérance et charité ; cardinales : prudence, justice, force et tempérance. Il ne faut pas oublier qu’on matière d’éducation la vertu de l’obéissance a aussi une place particulière. Qui n’apprend pas à obéir, ne peut pas obéir à sa conscience.

Seulement la vertu peut nous garantir que notre conscience ne justifiera pas certains péchés ou certains comportements malhonnêtes. La vertu est fondamentale afin que les passions et les vices n’altèrent pas l’objectivité des nos jugements de conscience.

*Eduquer à la vie intérieure avec Dieu : on l’a vu, la conscience est la loi de Dieu en soi. C’est donc le lieu de l’amitié avec Dieu. L’éducation de la conscience morale ne pourra être complète sans une éducation à la prière, qui doit passer aussi, entre autres choses, par une éducation au silence intérieur et extérieure. C’est ce silence-là qui permet d’entendre la voix de sa conscience mais aussi de rentrer dans la prière.

Après le silence des oreilles, nous pouvons évoquer également la nécessité du silence de yeux : veillons à purifier notre regard et notre mémoire pour ne pas conserver d’images indignes ou même inutiles.

*Développer la vie de la grâce : finalement éduquer la conscience morale des nos jeunes ne peut se faire sans rendre le jeune attentif à l’action de la grâce en lui, à rendre le jeune disposé à recevoir cette grâce et ouvert à l’action de Dieu en lui. Car Dieu ne nous a pas abandonnés à notre liberté, il nous offre sa grâce, à travers les sacrements (eucharistie et réconciliation), quotidiennement pour pallier les déficiences de notre nature blessée car sans Lui nous ne pouvons rien faire (Jn 15,5).             

***

Nous avons commencé par le témoignage de Thomas More. Nous finissons avec lui. Le 1er juillet 1535, Thomas est condamné à mort pour haute trahison. Ses juges lui demandent s’il veut ajouter quelque chose. «J’ai peu de choses à dire, sauf ceci: le bienheureux Apôtre Paul était présent et consentant au martyre de saint Étienne. Maintenant tous deux sont des saints dans le Ciel. Bien que vous ayez concouru à ma condamnation, je prierai avec ferveur pour que vous et moi, nous nous retrouvions ensemble au Ciel. De même, je désire que le Dieu Tout-Puissant préserve et défende Sa Majesté le Roi, et lui envoie un bon conseil».

Cependant, un dernier assaut vient éprouver la constance du prisonnier et la fidélité de sa propre conscience. Son épouse le visite et lui dit: «Voulez-vous m’abandonner, moi et ma malheureuse famille? Voulez-vous renoncer à cette vie du foyer domestique, dont naguère vous étiez si épris? – Combien d’années, ma chère Alice, croyez-vous que je puisse encore jouir ici-bas de ces plaisirs terrestres que vous me peignez avec une éloquence si persuasive? – Vingt ans, au moins, s’il plaît à Dieu. – Ma très chère femme, vous n’êtes pas une habile marchande: qu’est-ce qu’une vingtaine d’années comparées à une éternité bienheureuse?»

Préférons donc, chers jeunes, toujours dire la vérité aux autres, dure et réaliste soit-elle, que de les aduler ou de les flatter afin d’être considéré ou d’obtenir un service. Préférons aussi défendre et faire respecter notre bonne conscience que de nous faire aduler ou flatter par les autres au prix de notre conscience. « Qu’est-ce qu’une vingtaine d’années comparées à une éternité bienheureuse?».

 

P. Silvio Moreno, IVE

 

[1] Saint Bonaventure, cité par Jean Paul II, Veritatis Splendor, n. 58.

[2] Jean Paul II, Audience générale du 17 aout 1983.

[3] L’ignorance du Christ et de son Évangile, les mauvais exemples donnés par autrui, la servitude des passions, la prétention à une autonomie mal entendue de la conscience, le refus de l’autorité de l’Église et de son enseignement, le manque de conversion et de charité peuvent être à l’origine des déviations du jugement dans la conduite morale (CEC n. 1792).

[4] Jean Paul II, Audience générale, 17 aout 1983.

[5] Jean Paul II, Evangelium Vitae, n.73.

[6] Ibidem, n.74.

[7] Jean Paul II, Message pour la journée de la Paix, 1 janvier 1991.

[8] Jean Paul II, Veritatis Splendeur, n. 64.

[9] Cf. Guezenec Albane, Eduquer la conscience ; comment la famille peut éduquer au Vrai et au Bien dans la societé contemporaine, Tunis, 2016, p. 93-95.

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