INHABITATION DE LA TRINITE ET SAINTE ELISABETH DE LA TRINITE

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

INHABITATION DE LA TRINITE ET SAINTE ELISABETH DE LA TRINITE

Sainte Élisabeth de la Trinité, née le

 

Peu après sa mort, ses écrits « Souvenirs » sont publiés par la supérieure du Carmel et rapidement diffusés. Les tirages atteignent plus de 80.000 exemplaires en 1935. Son Eminence le Cardinal Mercier, à son retour de Rome après la canonisation de Sainte Jeanne d’Arc, voulut s’arrêter en pèlerinage au Carmel de Dijon. Comme on lui montrait, au chapitre, un tableau représentant sainte Elisabeth de la Trinité, il demanda : « Combien de temps a-t-elle passé au carmel ? » « Cinq ans », répondit la Mère prieure. Et le Cardinal d’esquisser un sourire : « On devient vite sainte, ici ». Et lorsqu’il fut conduit dans la cellule de la jeune carmélite, transformée en oratoire, la même pensée revint sur ses lèvres : « Elle a eu vite fait de devenir une sainte, tandis que nous nous trainons ». A plusieurs reprises, l’illustre et saint prélat fit des « Souvenirs » son livre de chevet. Au cours d’une réunion sacerdotale, en les recommandant vivement, il exprima le désir que ce livre fût dans la bibliothèque de tous ses prêtres.  

De toute sa doctrine je voudrais m’arrêter sur la plus importante : être la maison de la Trinité. L’inhabitation de la Trinité consiste à croire et à vivre en ayant la conviction que Dieu trinité habite en nous selon les paroles de Jésus-Christ : « Si quelqu’un m’aime, il observe mes commandements, et mon Père l’aimera et nous viendrons en lui, et nous ferons en lui notre demeure » (Jean 24, 23). De façon claire Saint Thomas précise qu’il existe deux habitations de Dieu en nous : l’une en tant qu’il est créateur. Dieu habite intimement chaque atome de toutes ses créatures, depuis les astres en passant par nous-mêmes. Cette habitation n’est pas ressentie et est cause de l’être des choses. Elle est donc très réelle mais elle est d’ordre métaphysique. L’autre est par grâce et est propre à l’homme et à l’ange : c’est la relation intime de la charité réciproque, intelligence contre Intelligence, coeur à Coeur que Dieu établit. Cette inhabitation-là est donc une relation d’amitié réciproque, sauf chez le tout petit enfant qui n’est pas encore capable de cette réciprocité. C’est cette deuxième relation que les mystiques appellent « inhabitation de la Trinité dans nos âmes », pas la première qui est juste une habitation (pas de réciprocité d’amour, ordre éthique).

Dans une lettre rédigée peu de temps avant sa mort, elle écrit : « C’est ce qui a fait ma vie, je vous le confie, un ciel anticipé : Croire qu’un Être, qui s’appelle l’Amour, habite en nous à tout instant du jour et de la nuit et qu’Il nous demande de vivre en Société avec Lui ».

En 1901, elle écrit à son amie l’importance de cette présence à Dieu : « «Dieu en moi, et moi en Lui », que ce soit notre devise. Que c’est bon cette présence au-dedans de nous, dans ce sanctuaire intime de nos âmes. Là nous Le trouvons toujours quoique par le sentiment nous ne sentions plus Sa présence. Mais Il est là tout de même. C’est là que j’aime le chercher. Tâchons de ne Le laisser jamais solitaire ».

Élisabeth considère donc que la vie spirituelle consiste à vivre par la foi pour aimer Dieu sans cesse. Elle décrit sa vie spirituelle dans une lettre : « Il est en moi, je suis en Lui, je n’ai qu’à l’aimer, qu’à me laisser aimer, et cela tout le temps, à travers toutes choses : s’éveiller dans l’amour, se mouvoir dans l’amour, s’endormir dans l’amour, l’âme en son Âme, le cœur en son Cœur, les yeux en ses yeux, afin que par son contact Il me purifie, me délivre de ma misère». L’amour de charité devient pour Élisabeth la chose la plus importante, ce qu’elle donne comme testament à son amie quelque temps avant de mourir : « A la lumière de l’éternité, l’âme voit les choses au vrai point. Oh ! Comme tout ce qui n’a pas été fait pour Dieu et avec Dieu est vide. Je vous en prie, marquez tout du sceau de l’amour. Il n’y a que cela qui demeure ». Lors de la prière des agonisants récitée par les sœurs pendant son agonie, Élisabeth leur dit alors : « Au soir de la vie tout passe, l’amour seul demeure. Il faut tout faire par amour ».

Si l’on veut connaitre la pensée la plus profonde de sainte Elisabeth de la Trinité, c’est à sa dernière retraite qu’il faut aller. La « Dernière retraite de Laudem gloriae », le titre est d’elle-même, est, pour ainsi dire sa petite somme mystique. Elle y laisse un programme de vie selon sa vocation de louange de gloire dans l’Eglise, à toutes les « louanges de gloire » qui plus tard voudront marcher à sa suite sur le chemin d’une sainteté entièrement oublieuse de soi et tout orientée vers la très pure gloire de la Trinité.

Je termine par la belle prière composée par sainte Elisabeth. Il s’agit bien d’une prière, qu’Elisabeth a écrite apparemment d’un seul jet, au terme d’une retraite communautaire, donc d’un temps de mise en présence de Dieu résolument intense.

Elle l’a écrite un jour précis, le 21 novembre 1904, autrement dit pour la fête de la présentation de la Vierge Marie, date à laquelle les Carmélites renouvelaient leurs vœux religieux. Elisabeth a gardé cette prière pour elle seule, et on ne l’a retrouvée qu’après son décès dans ses papiers. Cette prière est un dialogue d’amour, la flamme ardente d’une Elisabeth, qui s’adresse à un « Tu », Dieu. Ecrivait-elle une correspondante le 28 octobre 1906, soit trois semaines avant sa mort : « II me semble qu’au ciel, ma mission sera d’attirer les âmes en les aidant à sortir d’elles pour adhérer à Dieu par un mouvement tout simple et tout amoureux, et de les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s’imprimer en elles, de les transformer en Lui-même».

Ce texte est structuré : au niveau mélodique, on entend tout de suite les « ô » qui le ponctuent : le premier et le dernier, dans une sorte d’inclusion, s’appliquant à Dieu Trinité.

Les autres s’adressent successivement à chacune des personnes de la Trinité, en commençant par Jésus-Christ, qui reçoit double part, parce que regardé dans son humanité puis dans son être de Verbe éternel. Ensuite viennent l’Esprit-Saint, et le Père.

O MON DIEU, TRINITE QUE J’ADORE,
Aidez-moi à m’oublier entièrement
pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix,
ni me faire sortir de vous, ô mon immuable,
mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre action créatrice.

O mon Christ aimé, crucifié par amour,
je voudrais être une épouse pour votre coeur,
je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer. . .jusqu’à en mourir ! Mais je sens mon impuissance
et je vous demande de me «revêtir de vous-même»,
d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme,
de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi,
afin que ma vie ne soit qu’un rayonnement de votre vie.
Venez en moi comme adorateur, comme réparateur et comme sauveur. ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable afin d’apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière; ô mon astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.

Ö feu consumant, Esprit d’amour,
survenez, en moi, afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je lui sois une humanité de surcroît en laquelle il renouvelle tout son mystère. Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, «couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances ».

Ö mes trois, mon Tout, ma Béatitude,
Solitude infinie, immensité où je me perds,
je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs.

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