LA VIERGE MARIE ET L'ISLAM

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

LA VIERGE MARIE ET L'ISLAM

par le P. Sergio Perez, IVE[1]     

Selon la foi chrétienne, le plan de salut de Dieu pour toute l’humanité a son centre en Jésus-Christ, le seul et unique Sauveur de tous. Or, dans la mise en œuvre de ce plan, un rôle spécial a été assigné à la Bienheureuse Vierge Marie, comme en témoignent les Evangiles (notamment ceux de Luc et de Jean) et même la promesse d’un Sauveur dans le livre de la Genèse.

C’est pourquoi les chrétiens, et les catholiques en particulier, s’interrogent parfois sur le rôle de la Vierge de Nazareth dans les relations interreligieuses. C’est pour cela que j’aimerai bien proposer à notre réflexion, la Vierge Marie comme modèle des croyants, même des non-chrétiens. Nous allons commencer par présenter la place de la Vierge Marie dans le christianisme e l’Islam. Ensuite, nous allons considérer le rôle providentiel de Marie dans l’approche chrétienne des personnes d’autres religions et même des personnes non croyantes.

1. La Bienheureuse Vierge Marie dans la foi catholique

Ces réflexions étant proposées par un prêtre catholique, il sera bon de commencer par une présentation de la Bienheureuse Vierge Marie selon la foi catholique.

Après la chute de nos premiers parents, Dieu nous a promis un Sauveur. Dieu a maudit le serpent en disant : Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon (Gn 3,15). Ce lien entre « la femme » et « le Sauveur » promis a été rendu encore plus manifeste par le prophète Isaïe : La jeune fille est enceinte et va enfanter un fils qu’elle appellera Emmanuel (Is 7,14). 

A la « plénitude des temps » (cf. Ga 4,4), Dieu a envoyé l’Archange Gabriel annoncer à la Vierge de Nazareth, par quelques mots concis, son plan divin de salut, et le rôle qui serait le sien comme Mère virginale du Sauveur. Marie a accepté. Marie a obéi. Elle est devenue la Mère du Fils de Dieu qui a pris notre nature humaine.

Ce plan mystérieux de salut a fait que Dieu ait doté Marie de dons exceptionnels : conçue sans la marque du péché originel, elle a été saluée par l’Archange comme la « pleine de grâce ». Elle est la fille bien-aimée du Père, la Mère du Fils de Dieu et le temple de l’Esprit-Saint (cf. Lumen gentium, 53). Marie a eu et la gloire de la maternité, et celle de la virginité. Elle peut être appelée le chef d’œuvre de Dieu. Saint Augustin fait l’éloge de cette merveille en disant : « II (Dieu) a choisi la mère qu’il avait créée ; il a créé la mère qu’il avait choisie » (Sermon 69,3.4).

Associée au Sauveur, Elle a été avec le Christ à tous les moments clés de l’histoire de la Rédemption : à sa Conception, à sa Nativité à Bethléem, dans sa vie privée à Nazareth, aux noces de Cana, lors de ses miracles et de ses enseignements, et surtout au Calvaire, à l’Ascension et à la Pentecôte. Comme le dit le Concile Vatican II, « pendant la vie publique de Jésus, sa mère apparait expressément » (LG 58).

Bref, la Vierge Marie est liée à l’Église catholique de manière particulière. « Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, ou qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves » (LG 62). Elle est un modèle pour suivre le Christ, non seulement pour chaque chrétien, mais aussi pour l’Église dans son ensemble. L’Église l’honore avec affection et piété filiales comme une mère très aimée. Toutes les générations l’appellent bienheureuse (Lc 1,48). On voit donc pourquoi le saint Pape Jean-Paul II parlait du « caractère unique de sa place dans le mystère du Christ » (RM 9).

2. Marie dans l’islam

La foi musulmane est fondée sur le texte du Coran, augmenté des traditions orales venant du prophète Mohammed. Le Coran fait 34 fois référence à Marie, la seule femme que le livre mentionne par son nom ; une des Sourates (chapitres) du Coran porte son nom. Le Coran fait mention de la Nativité de Marie (3,33-37), de sa Présentation au Temple (19,16-17 ; 3,37. 42-44), de l’Annonciation (19,17-21 ; 3,45-51), de sa Virginité (19,20 ; 21,91 ; 66,12), de la naissance de Jésus (19,23-26), et, peut-être (la référence est ambigüe), de son Assomption au Ciel (23,50). La prééminence de Marie dans le Coran peut être résumée par un verset qui rappelle la salutation de Gabriel à Marie dans l’Évangile de Luc : Marie, Dieu t’a choisie. II t’a rendue pure, et t’a exaltée au-dessus de toutes les femmes de l’univers (3,42).

Certaines traditions (hadith) venant de Mohammed semblent faire référence à l’Immaculée conception de Marie. Il y a plusieurs variantes du hadith ; l’une d’elles dit : Tout nouveau-né, à l’exception de Jésus et de Marie, émet un cri au moment de la naissance parce que Satan le touche. Marie et Jésus, à la différence des autres enfants d’Adam, n’ont pas commis de péché (dhunub)[2]. Un autre hadith affirme que Marie est la reine de toutes les femmes dans le paradis[3]. Plusieurs variantes hadith considèrent Marie supérieure aux trois femmes les plus excellentes qui aient jamais existé : A’isha, Khadija, et Fatima[4].   

Le Coran prend soin d’affirmer l’humanité de Marie, contre certaines conceptions de l’époque qui faisaient d’Elle un demi-dieu. Ce qui est approuvé par la foi chrétienne, parce que l’Église a toujours enseigné que Marie, bien que grandement exaltée, reste toujours une créature humaine.

Le nom de Marie (Maryam) est adopté par de nombreux musulmans. Quand les musulmans la mentionnent, ils disent toujours « Notre Dame Marie » (Sittna Mariam) ; et au niveau populaire, les musulmans -spécialement les femmes- visitent les sanctuaires mariaux en Egypte, à Damas, au Liban, à la « maison de Marie » à Izmir (Éphèse) en Turquie, à Alger … et ils la prient.

3. Le rôle de Marie dans l’approche chrétienne des personnes d’autres religions

En vertu de la nature même de la vocation et de la mission chrétiennes conférées au baptême et renforcées par les autres sacrements, les chrétiens sont appelés à rencontrer les personnes d’autres religions, et bien sur chaque être humain. Cette mission ou cette vocation se manifeste de trois manières : le témoignage, le dialogue et l’annonce. En chacune de ces activités, la Bienheureuse Vierge Marie est pour les chrétiens un grand modèle et un grand soutien.

1) Le témoignage que les chrétiens rendent au Christ peut s’exprimer à travers l’amour gratuit pour les autres. Le Christ lui-même a donné l’exemple suprême en souffrant et en mourant pour le salut de l’humanité : Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jn 15,13). Jésus a pardonné à ses ennemis, y compris ceux qui le crucifiaient: Père, pardonne- leur, ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34).

La Bienheureuse Vierge Marie a servi Dieu et le prochain toute sa vie : Elle est allée en hâte auprès de sa cousine Élisabeth pour lui rendre visite et pour l’aider. Elle est restée debout au pied de la Croix et nul ne rapporte qu’Elle ait dit un mot contre ceux qui étaient en train de crucifier son Fils innocent et si exceptionnellement généreux. Elle est un modèle de témoignage chrétienne.

2) Dans les diverses religions, les personnes cherchent des réponses aux grandes questions qui concernent l’existence humaine sur terre ; par exemple l’origine de l’homme, la nature du bien et du mal moral, la raison de la souffrance, l’essence du bonheur et ce qui survient après la mort. Étant donné qu’il n’est pas toujours facile de parvenir à la vérité religieuse, on peut commettre des erreurs en cherchant des réponses à ces questions. C’est ce qui explique l’essor de sectes ésotériques ou pseudo-religieuses, la croyance en la réincarnation et les idées confuses sur la vie après la mort. Et bien, le chrétien devrait, lorsque les circonstances le recommandent, annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ aux autres, afin de leur offrir une chance de l’accepter librement, en devenant membre de «l’Église» où ils peuvent recevoir en plénitude et en abondance les moyens du salut. Il faut toujours se rappeler qu’une religion ne s’impose pas. Mais une pleine participation à la Révélation de Dieu en Jésus-Christ par une joyeuse annonce de l’Evangile peut répondre à ces questions brûlantes du cœur humain.

La Très sainte Vierge Marie qui porte Jésus dans son sein pour sanctifier Jean le Baptiste (le mystère de la Visitation) est un modèle du chrétien qui apporte le Christ au monde. On ne peut imaginer la Vierge Marie employant de moyens coercitifs pour amener quelqu’un à croire au Christ. Elle s’est révélé une sœur et une mère pour tous. Le chrétien, de même, doit apprendre à rencontrer les personnes d’autres religions dans une attitude d’écoute mutuelle, d’effort pour comprendre, et de collaboration dans la promotion de la justice, de la paix, des valeurs familiales et de l’héritage culturel des différents peuples.

4. Conclusion            

Alors que les croyants dans les diverses religions s’efforcent d’intensifier la collaboration interreligieuse, ils pourraient recevoir l’inspiration nécessaire en tournant leurs regards vers la Vierge sainte. Marie a brillé par les grandes qualités que l’on souhaiterait voir chez un partenaire du dialogue : attention à Dieu, obéissance à Sa Parole, aptitude au silence, à l’écoute et à la réflexion ; prière de louange et d’action de grâce adressée à Dieu, préoccupation pleine d’amour pour le prochain, pratique du partage du don de Dieu avec les autres. En tant que Mère de l’humanité nouvelle, nous lui confions les diverses initiatives des croyants pour agir et cheminer ensemble. Que cette bonne Mère obtienne aux enfants de Dieu une plus grande harmonie, une plus grande disposition à s'accepter mutuellement, et une aptitude accrue à faire la volonté de Dieu et à construire un monde plus juste, plus paisible et plus accueillant. Amen.

 

[1] Homélie prêchée par le P. Sergio J. Perez, IVE, curé de la Cathédrale de Tunis, le 12 octobre 2016, mémoire de notre Dame du Pilier, à la Marsa, en Tunisie.  

[2] Cf. Muslin, Sahih II; 224; Bukhari, Sahih III; Ibn Hanbal, Musnad, 233, 274, 288; Tha’labi, Oisas, 372; Tabari, Jami al-Bayan, VI: 7887-7998.

[3] Cf. Ibn Hanbal, Musnad, III: 64, 80.

[4] Cf. Tabari, VI: 7026-7097.

 

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