EST-IL PERMIS D’AVORTER ? LA VIE OU LA MORT POUR UN BEBE

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

EST-IL PERMIS D’AVORTER ? LA VIE OU LA MORT POUR UN BEBE

Petite étude sous la forme d'une question théologique

Par STEPHEN LUTZ MD

Objections:

Il semble qu’il soit licite d’avorter pour les raisons suivantes.

1. La femme est maîtresse de son corps. Les femmes ont un droit de disposer de leur corps, c’est une revendication du féminisme contre toutes les formes de misogynie. Elles ont donc le droit d’avorter.

2. L’enfant n’a pas été désiré. Lorsqu’un enfant n’a pas été désiré, il risque d’être malheureux de souffrir toute sa vie. Afin d’éviter toutes ces souffrances, il faudrait mieux qu’il ne naisse pas.

3. Le viol. Lorsqu’un viol a eu lieu et que la victime se retrouve enceinte et que pour des raisons diverses (budget, volonté ...) et parfaitement acceptables, elle ne veut pas avoir d'enfant (qui serait perturbé le jour où il apprendrait les conditions de sa création), alors il est licite de la faire avorter le plus rapidement possible: à situations exceptionnelles, mesures exceptionnelles.

4. "Paternité responsable". Si la fécondation a lieu par accident (échec de la contraception), le couple peut retourner à son avantage le terme de l'Eglise de "paternité responsable" pour justifier que l'avortement est nécessaire par égard aux enfants déjà existants aux besoins desquels les parents ne pourraient plus subvenir efficacement si un nouvel enfant venait à naître. Beaucoup d’enfants conçus seront malheureux et n’auront pas une vie de qualité. L’avortement prévient ce problème et le résout.

5. Mauvais parents. Si les parents se savent incapables de bien assumer les rôles de père et de mère, il vaudrait mieux que la femme avorte s'il y a fécondation accidentelle pour ne pas laisser naître un enfant qui deviendrait assurément malheureux.

6. Malformation. Si, lors de la formation de l'embryon, on remarque une malformation qui aura pour effet absolument certain la naissance d'un enfant irrémédiablement handicapé ou anormal, il vaudrait mieux empêcher la naissance et faire avorter la mère par amour pour l'enfant, pour ne pas donner la vie à un être qui sera très probablement très malheureux et très seul du fait de son handicap. Cette solution semble la meilleure afin de lui épargner une vie indigne de l’homme.

7. Danger pour la vie de l'enfant et/ou de la mère. Si pour une raison quelconque les vies de l'enfant et/ou de la mère étaient à coup sûr menacées lors de l'accouchement, il vaudrait mieux ne pas prendre le risque de tuer soit la mère que son enfant soit carrément les deux! Cela peut devenir alors un choix entre une vie et une autre.

8. Mort du père. Si le père du futur enfant meurt durant la gestation, la mère peut vouloir ne pas donner naissance à un enfant qui n'a plus de père; cela pourrait être très préjudiciable à l'équilibre psychologique de l'enfant et ce serait par amour que la mère ne voudrait plus alors d'un enfant dont elle sait qu'il souffrira. S'il y a mort du futur père, la mère peut aussi se rendre compte de son incapacité financière (par exemple) à subvenir aux besoins d'un enfant que deux salaires auraient permis de bien faire vivre; elle peut alors vouloir avorter.

Sed contra (toutefois, contre ces raisons): Le Pape Jean Paul II écrit dans l’encyclique Evangelium vitae: «Avec l’autorité conférée par le Christ à Pierre et ses successeurs, (…) je déclare que l’avortement direct, c’est à dire voulu comme fin ou comme moyen, constitue toujours un désordre moral grave en tant que meurtre délibéré d’un être humain innocent». Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite, elle est transmise par la Tradition de l’Eglise et enseignée par le Magistère ordinaire et universel» (n° 62)

Argumentation rationnelle:

Il n’est jamais permis d’avorter. Cela apparaît dans le syllogisme suivant:

- Il n’est jamais permis de tuer un être innocent.

- Or l’enfant dans le sein de sa mère est un être innocent.

- Donc il n’est jamais permis de tuer l’enfant dans le sein de sa mère.

La « majeure » du syllogisme est évidente car tout homme a le droit à la vie. Ce droit est reconnu par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 (article 3) et même par la loi Veil qui dépénalise l’avortement en France: «La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie». (art. 1)! Ce droit est absolu et inaliénable; il ne fait qu’énoncer une exigence de toute société digne de ce nom: l’égalité absolue de tous les hommes quant à la vie. On peut même dire que ce droit est le premier car il fonde tous les autres droits; s’il n’est pas respecté tous les autres sont menacés. Supprimer à un être le droit à la vie revient en effet à supprimer le sujet du droit.

C’est à la mineure que les partisans de l’avortement s’attaquent. C’est cette vérité que nous allons nous attacher à prouver plus longuement. En effet, c’est une constante chez les hommes: à chaque fois qu’ils ont voulu exploiter leurs semblables ou les exterminer, ils ont mis en doute le caractère humain de ceux-ci. Dans l’antiquité, les esclaves étaient considérés comme des choses, au XVIe siècle les indiens comme des «bêtes à apparence humaine», ainsi que nous le rapporte Montaigne; et plus près de nous les nazis ont considérés les juifs comme des «non-hommes» des Unmemschen.

Or le caractère humain de l’embryon ne fait pas de doute. La science génétique moderne montre que dès le premier instant de la vie, se trouve déjà fixé le programme de ce que sera ce vivant. A la rencontre des gamètes mâles et femelles, tout le code génétique, c’est-à-dire, ce qui fait que cet être est un homme, et même cet homme dans sa particularité et non un autre, est présent.

Voici ce que déclarait devant la Commission du Sénat des Etats-Unis le professeur Jérôme Lejeune, membre de l’Institut et découvreur du gène de la trisomie: «Sitôt que les 23 chromosomes paternels sont réunis avec les 23 chromosomes maternels, toute l’information génétique, nécessaire pour exprimer toutes les qualités innées de l’individu nouveau, se trouve rassemblée. De même que l’introduction d’une mini-cassette dans un magnétophone permet la restitution d’une symphonie, de même le nouvel être commence à s’exprimer sitôt qu’il est conçu».

Et le Professeur Lejeune dit pour conclure: «La nature humaine de l’être humain, depuis sa conception jusqu’à sa vieillesse, n’est pas une hypothèse métaphysique, mais bien une évidence expérimentale».

Jérôme Lejeune, «Quand commence un être humain?», allocution prononcée le 23 avril 1981 devant la Commission du Sénat des Etats Unis. Cité en annexe du livre de Marc Dem, Lettre à Monsieur Quelconque sur les enfants artificiels, Dismas, Dion Valmont (Belgique), 1987, pp. 197-200.

Pour prendre un autre exemple, si je prends le risque d’injecter à un homme un produit que je sais être peut-être empoisonné, j’accepte implicitement que celui qui a reçu l’injection soit empoisonné. S’il meurt, je suis donc responsable de sa mort. J’ai commis un acte immoral. Le seul moyen d’échapper à cette responsabilité aurait été de ne pas lui injecter de ce produit… Si l’on refuse cette conséquence logique, alors la voie est ouverte et on pourra se permettre n’importe quoi.

A titre de comparaison, personne ne se demande en médecine vétérinaire si un embryon de vache est animé de vie féline ou canine. Il ne fait de doute pour personne que ce que la vache porte dans son utérus est un veau. De même, le produit de la procréation humaine est un être humain.

On peut arriver à la même conclusion en raisonnant par l’absurde. Notons tout d’abord qu’il est impossible de nier avec une certitude absolue que l’embryon soit un être humain. C’est une évidence. Le maximum que l’on puisse concéder est qu’il est douteux que l’embryon soit un être humain. Il se pourrait en effet qu’à un moment donné l’embryon humain qui était jusqu’à là un être potentiellement humain devienne réellement un homme. Remarquons déjà à ce stade qu’on se heurte à deux problèmes insolubles: si l’embryon humain n’est pas dès sa conception un être humain quand le sera-t-il effectivement? Par quel saut ontologique extraordinaire cela se produit-il ? Il est totalement impossible de morceler le processus physique enclenché pour y introduire une discontinuité et affirmer: «ça y est, c’est une personne» alors qu’avant cela n’en était pas une. Mais il y a plus.

En effet, dans ce cas, à chaque fois que l’on pratique un avortement, on accepte alors logiquement le principe que l’on tue peut-être un homme. Mais accepter ce principe, c’est accepter qu’il est licite de tuer un être humain, car en prenant le risque de tuer un homme, je prends le risque d’être homicide. Je remets en cause par voie de conséquence l’inviolabilité absolue de la vie humaine. Mis en forme, le raisonnement s’énonce alors de la façon suivante : Pour rendre licite l’avortement, il ne suffit pas de prouver que le foetus puisse ne pas être une personne, il faut pouvoir prouver avec certitude que cela n’en est pas une. En effet, dans le cas contraire, on prend le risque d’être homicide. Or il est impossible d’avoir la certitude métaphysique que le foetus n’est pas une personne humaine et la science nous incline même à penser le contraire. Donc il n’est jamais licite d’avorter.

Réponse aux objections

Principe général: Une intention bonne ne suffit pas à changer la valeur d’un acte. Ainsi on ne peut pas exécuter des innocents, pour sauver la Patrie. Sauver la Patrie est une fin bonne, mais cette fin ne justifie pas qu’on sacrifie un innocent: le droit à la vie humaine est inaliénable. Plus brièvement, la fin ne justifie pas les moyens. Or nous avons vu dans le corps de l’article, que l’avortement est toujours intrinsèquement mauvais parce que l’on tue un enfant. De même, les circonstances ne suffisent pas à changer la valeur d’un acte. Elles peuvent atténuer ou aggraver la responsabilité de celui qui le pose, mais en aucun cas elles ne peuvent faire que ce qui est mal devienne bien.

1. La femme est maîtresse de son corps. L’enfant non-né n’est pas un organe de sa mère, il est un être unique, distinct, avec son individualité génétique propre. La femme ne peut disposer de l’existence de cet être à sa guise comme le faisait le pater familias dans la société romaine. Refuser cela, c’est reconnaître l’esclave, système où un être humain peut devenir la propriété d’un autre.

2. L’enfant n’a pas été désiré. Il n’existe aucun critère pour dire si un enfant désiré sera heureux et si un enfant non désiré sera malheureux. Il existe des enfants non prévus qui sont aimés et des enfants désirés qui ne le sont pas: les bourreaux d’enfants désirent avoir des enfants. La psychologie montre en outre que la mère passe souvent au cours de sa grossesse de la contrariété à l’acceptation, et de l’acceptation à l’amour. Nous ne pouvons pas figer le désir au moment du début de la grossesse car il mûrit et progresse. Nous n’avons pas été tous désirés ; mais nous sommes sûrs d’avoir été accueillis. Enfin, l’enfant n’est pas un objet de consommation, c’est une personne. Ce n’est pas une vidéo ou une voiture, si «ça» plaît, on le prend; sinon on avorte.

3. Le viol. On ne remédie pas à une injustice en commettant une injustice plus grave encore; on ne répare pas le mal en commettant le mal. Par ailleurs, on assiste ces dernières années à une augmentation du nombre de viols. La libéralisation de l’avortement crée une mentalité de violence où le plus fort a le droit pour lui et où le plus faible ne peut résister au plus fort. Par-là elle conduit à banaliser le viol en exposant davantage encore les femmes à l’emprise phallocratique des hommes. Enfin, il est malhonnête de se servir de situations extrêmes pour banaliser l’avortement. A partir de quelques situations contraignantes, tout devient soudainement permis.

4. "Paternité responsable". Les partisans de l’avortement ont l’habitude de dire que la prévention à l’avortement se fait par la contraception. Or l’habitude contraceptive engendre la mentalité abortive: en cas d’échec de la contraception, on recourt plus facilement à l’avortement. Les faits sont d’ailleurs là pour en témoigner, 25 ans après la loi Weil, le nombre d’avortements n’a pas diminué et a même augmenté. Par ailleurs, dire qu’à partir du moment où les parents sont trop pauvres les enfants n’auront pas une vie de qualité, revient à soutenir que la vie ne vaut la peine d’être vécue qu’à partir d’un seuil de qualité. C’est une proposition monstrueuse et inacceptable, car on soutient le subjectivisme intégral. Quelle est cette qualité de vie ? Où se situe le bonheur ? Faut-il préférer le magnétoscope à l’accueil de l’enfant? Le bonheur de l’un ne fait pas le bonheur de l’autre: Pierre sait sourire là où Paul pense au suicide. Enfin, notre société n’a jamais été aussi riche. Il faudrait donc penser à une politique familiale qui donne au couple ayant de nombreux enfants le minimum de biens matériels indispensables pour assurer une existence digne.

5. Mauvais parents. Personne ne peut prévoir ce que sera le bonheur d’un enfant. S’il est légitime de tuer un être humain parce qu’il risque d’être malheureux, alors il est aussi légitime de tuer ceux qui, dorment et sont déjà malheureux. Personne n’ose soutenir cette conséquence pourtant rigoureuse.

6. Malformation. Si l’on admet que l’on peut éliminer tous les non-désirés (les handicapés, les trisomiques, les malades mentaux), la société humaine se détruit. Si l’on n’admet pas la présence des autres avec leurs différences, la vie en société devient infernale. Face à un handicapé, quelle est la solution la plus humaine? Le supprimer ou l’aider à mener la meilleure existence compte tenu de ses capacités? L’enfant atteint d’une malformation est pourtant membre de l’espèce humaine. Si on l’élimine en raison de sa malformation, on éliminera ceux qui n’ont pas la couleur de peau ou le sexe espéré.

7. Danger pour la vie de l'enfant et/ou de la mère. Ainsi que nous l’avons dit tout au début, la fin ne justifie pas les moyens. Le principe de la solution est simple: on ne choisit pas. On ne peut pas sacrifier une vie innocente à une autre. Ce que l’on doit vouloir, c’est sauver les deux. Il peut arriver cependant que, ayant fait tout ce qui est humainement possible, on aboutisse à une conséquence non voulue: la mort. Il peut arriver aussi qu’en voulant soigner la mère d’un cancer, cela entraîne une conséquence malheureuse, non voulue, non désirée. Mais nous sommes là dans le cas d’un acte qui à un double effet : l’un positif (la guérison du cancer), l’autre négatif (la mort de l’enfant). Cela est licite, car on ne veut pas dans ce cas l’effet négatif, on s’y résigne, on le désire pas, on le tolère.

8. Mort du père. Cette objection revient aux précédentes (n° 2, 4 et 6). On identifie indûment la vie humaine et la qualité de la vie humaine. Bien sûr, il est préférable qu’un enfant ait un père ou puisse avoir le minimum vital, mais en aucun cas le fait qu’il n’ait pas de père, ne donne le droit de le tuer. Vie humaine et qualité de vie ne sont pas à mettre sur le même plan. Pour prendre un exemple, on ne peut pas mettre sur le même plan la démocratie et la qualité (ou les défauts) de la démocratie. Les défauts de la démocratie, il faut les combattre, mais le pire moyen de les combattre serait de détruire la démocratie.

 

 

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