L'ARCHE DE SAINT AUGUSTIN A PAVIE

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

L'ARCHE DE SAINT AUGUSTIN A PAVIE
Reliques de saint Augustin conservées dans l'Arche funéraire

Reliques de saint Augustin conservées dans l'Arche funéraire

Dans le choeur de la basilique de saint Pierre in Ciel d'Or, surélevé sur la crypte, domine le sarcophage en marbre de Saint Augustin, chef-d’oeuvre de la sculpture lombarde du XIV siècle. Ornée de 95 statues et de 50 bas-reliefs. C’est une petite illustration encyclopédique de la foi et des vertus théologales, cardinales et monastiques. Vous y verrez en outre quelques épisodes de la vie de Saint Augustin, le Grand Pére de l’eglise: sa conversion, son baptême administré par Saint Ambroise, les miracles qui lui furent attribués après sa mort en 430 après Jésus-Christ et la translation de ses reliques à Pavie. Derrière le Sarcophage, sur le sol, se trouve un morceau de mosaique octogonal, provenant de la Cathédrale de l’ancienne ville de Hippone dont Augustin était l’Evêque – 395 / 430 après Jésus-Christ. La fresque qui recouvre la voûte de l’abside date de 1900. Sur un fond de fausse mosaique dorée domine le Rédémpteur assis sur le trône et entouré de Saint Pierre Apôtre, de Saint Augustin et de sa mère Sainte Monique.

Nous présentons ensuite quelques bas-reliefs de l’arche de Saint Augustin à Pavie qui racontent sa vie et son œuvre.

L'ARCHE DE SAINT AUGUSTIN A PAVIE

La prédication de Saint Ambroise et l’écoute d’Augustin

« …De ce point de vue, un passage des Confessions de saint Augustin est significatif. Il était venu à Milan comme professeur de rhétorique ; il était sceptique, non chrétien. Il cherchait, mais il n'était pas en mesure de trouver réellement la vérité chrétienne. Ce qui transforma le cœur du jeune rhéteur africain, sceptique et désespéré, et le poussa définitivement à la conversion, ne furent pas en premier lieu les belles homélies (bien qu'il les appréciât) d'Ambroise. Ce fut plutôt le témoignage de l'Evêque et de son Eglise milanaise, qui priait et chantait, unie comme un seul corps. Une Eglise capable de résister aux violences de l'empereur et de sa mère, qui aux premiers jours de l'année 386, avaient recommencé à prétendre la réquisition d'un édifice de culte pour les cérémonies des ariens. Dans l'édifice qui devait être réquisitionné - raconte Augustin - "le peuple pieux priait, prêt à mourir avec son Evêque". Ce témoignage des Confessions est précieux, car il signale que quelque chose se transformait dans le cœur d'Augustin, qui poursuit : « Nous aussi, bien que spirituellement encore tièdes, nous participions à l'excitation du peuple tout entier » (Confessions 9, 7).

Augustin apprit à croire et à prêcher à partir de la vie et de l'exemple de l'Evêque Ambroise. Nous pouvons nous référer à un célèbre sermon de l'Africain, qui mérita d'être cité de nombreux siècles plus tard dans la Constitution conciliaire Dei Verbum n. 25:  « C'est pourquoi tous les clercs, en premier lieu les prêtres du Christ, et tous ceux qui vaquent normalement, comme diacres ou comme catéchistes, au ministère de la Parole, doivent, par une lecture spirituelle assidue et par une étude approfondie, s'attacher aux Ecritures, de peur que l'un d'eux ne devienne "un vain prédicateur de la Parole de Dieu au-dehors, lui qui ne l'écouterait pas au-dedans de lui" ». Il avait appris précisément d'Ambroise cette "écoute au-dedans", cette assiduité dans la lecture des Saintes Ecritures, dans une attitude priante, de façon à accueillir réellement dans son cœur la Parole de Dieu et à l'assimiler ».

(Benoit XVI, Audience générale, mercredi 24 octobre 2007).

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Tolle e legge et la conversion de saint Augustin

Dans sa conversion, une voix d'enfant tient un rôle crucial. Dans le jardin de Milan, le jeune homme est en proie aux pires tourments. Entre amours terrestres et salut divin, comment trancher ? Quand il renonce à la chair, la nostalgie des festins et des alcôves le taraude déjà. Quand il opte pour la douceur de vivre, l'inquiétude l'étreint, il craint de se perdre à jamais. La plus vive agitation s'empare de lui. Il en pleure, pose son livre, s'éloigne de son ami Alype. « J'entends alors une voix depuis la maison voisine. Un chant répété et récurrent. Une voix d'enfant, garçon ou fille, je ne sais plus ("quasi pueri an puellae, nescio", dit l'original latin). Attrape et lis. Attrape et lis. Aussitôt mon visage a changé. Perplexe. Etait-ce une rengaine quelconque que les enfants avaient l'habitude de chanter en jouant ? Non. Ça ne me disait rien ».

De l'enfant, on n'a donc que sa voix. Une fois encore, de cette silhouette enfantine cachée, on ne saura ni l'âge ni même le sexe : entre voix de petit garçon et voix de petite fille, difficile de faire le partage. Il ne perçut qu'une sorte de comptine : « Attrape-et-lis », « attrape-et-lis ». Ce tolle, lege - habituellement traduit par « prends et lis » -, Augustin l'entend comme ordre à suivre, consigne soudaine. Il rejoint son ami, attrape le texte qu'il a laissé. Ce sont les épîtres de Paul. Il lit : « Ne passez pas votre vie dans les festins et les plaisirs de la table... mais revêtez-vous de votre seigneur Jésus-Christ, et gardez-vous de satisfaire les désirs déréglés de la chair ». Finie l'hésitation, dissipées les ténèbres, ouverte la route...

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Saint Ambroise et le baptême d’Augustin

 

« Je rendis publique ma démission, à la fin des vacances des vendanges, avertissant les Milanais de se pourvoir pour leurs écoliers d'un autre vendeur de paroles […] Je glissai dans une lettre à ton évêque, le saint homme Ambroise, l'aveu de mes erreurs passées et de mon désir actuel, lui demandant ce que, de préférence, je devais lire de tes Livres pour me rendre plus apte et mieux préparé à recevoir une aussi grande grâce. Or, il me conseilla le prophète Isaïe, parce que, je suppose, il annonce par avance plus clairement que tous les autres l'Évangile et la vocation des gentils. Mais moi, au premier passage que je lus, je ne compris pas et je crus que tout le livre était ainsi ; alors j'attendis, pour le reprendre, d'être plus familiarisé avec le langage du Seigneur.

Ensuite, quand vint le moment où il fallait donner mon nom, nous quittâmes la campagne pour revenir à Milan. Alypius, lui aussi, décida de renaître en toi avec moi il était déjà revêtu de l'humilité qui convient à tes mystères, et il avait vigoureusement dompté son corps jusqu'à fouler, pieds nus, le sol glacé de l'Italie, avec une intrépidité peu ordinaire. Nous nous adjoignîmes également le jeune Adéodat, le fils de ma chair et de mon péché. […] Et nous reçûmes le baptême, et s'enfuit loin de nous l'inquiétude pour notre vie passée. Et j'étais insatiable en ces jours-là de l’admirable douceur que je goûtais à considérer la profondeur de ton dessein sur le salut du genre humain. Que j'ai pleuré dans tes hymnes et tes cantiques, aux suaves accents des voix de ton Église qui me pénétraient de vives émotions ! Ces voix coulaient dans mes oreilles, et la vérité se distillait dans mon cœur ; et de là sortaient en bouillonnant des sentiments de piété, et des larmes roulaient et cela me faisait du bien de pleurer ». 

(Confessions, IX, 13)

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La mort et les funérailles de sainte Monique

« […] ma mère dit alors: «Mon fils, en ce qui me concerne, plus rien n'a de charme pour moi dans cette vie. Que pourrais-je faire encore ici-bas ? Pourquoi y serais- je ? Je ne sais ; je n'ai plus rien à espérer de ce siècle. Une seule chose me faisait désirer de rester assez longtemps dans cette vie : te voir chrétien catholique avant ma mort. Je suis plus que comblée dans ce que mon Dieu m'a accordé: tu es allé jusqu'à mépriser les félicités de la terre et je te vois son serviteur. Qu'est-ce que je fais ici?».

Que lui ai-je répondu? Je ne m'en souviens pas bien, d'autant que sur ces entrefaites, dans les cinq jours à peine ou ce ne fut guère plus, la fièvre la mit au lit. […] Puis, arrêtant ses regards sur nous que la tristesse consternait : « Vous enterrez ici votre mère », dit-elle. […] Et puis, le regard fixé sur moi… elle ajouta… : «Enterrez ce corps n'importe où! Ne vous troublez pour lui d'aucun souci! Tout ce que je vous demande, c'est de vous souvenir de moi à l'autel du Seigneur, où que vous soyez». […] Ainsi donc, au neuvième jour de sa maladie, à la cinquante-sixième année de son âge, à la trente-troisième de mon âge, cette âme religieuse et pieuse se détacha du corps.

(Confessions, IX, 26-28)

Le corps de Sainte Monique est aujourd'hui dans l'eglise de Saint Augustin in campo marzio à Roma. 

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La règle de saint Augustin

C’est, chronologiquement, la première règle monastique d’Occident. Saint Augustin aurait principalement commencé à la rédiger alors qu’il venait d’être nommé évêque de la ville d’Hippone en 395. La genèse de sa règle reste encore difficilement retraçable, mais elle puiserait aussi ses origines dans d’autres écrits augustiniens, dont notamment une authentique lettre datée de 423, adressée à des jeunes filles et des veuves chrétiennes de la région.

«Son attribution historique au philosophe chrétien, qui a pu être discutée par le passé, est aujourd’hui tranchée et fait autorité en la matière», confirme le père François-Marie Humann, abbé de Mondaye et auteur de l’ouvrage Règle de saint Augustin, texte intégral et commentaire. Sans appeler explicitement à la fondation d’un nouvel ordre monastique, la règle augustinienne entend alors prodiguer des conseils pour guider la vie religieuse de communautés d’hommes et de femmes pieux de l’époque. Dans la mesure où cette règle, très accessible, décrit comment vivre ensemble dans une communauté, son propos peut aussi «intéresser et inspirer tout chrétien laïc – voire un lecteur non religieux – dans l’apprentissage de la vie commune, qu’elle soit à l’échelle conjugale, familiale, dans les relations au sein d’une paroisse, d’un diocèse, d’une association ou même dans le monde professionnel», affirme le père Humann. 

(Cf. La Croix, figures spirituelles, la règle de Saint Augustin).

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