LES APPARITIONS DE LA VIERGE MARIE - PRUDENCE - VALEUR ET CRITERES DE DISCERNEMENT

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

LES APPARITIONS DE LA VIERGE MARIE - PRUDENCE - VALEUR ET CRITERES DE DISCERNEMENT

1. Qu’est-ce qu’une apparition ?

Manifestation visible d’un être invisible, préternaturel ou surnaturel…

Apparition mariale : Intervention ponctuelle de Marie, la mère de Jésus, qui se manifeste à une ou plusieurs personnes et dialogue avec elle(s), délivrant un message pour l’ensemble de la communauté chrétienne.

Le message délivré par la Vierge vise toujours à réactualiser la bonne nouvelle de l’Evangile, et - tout en rappelant que Dieu est le principe et le lieu final de toute paix - ce message est le plus souvent un appel à la conversion, à la pénitence et à la prière.

Les apparitions de la Vierge ce sont de « révélations privées » pour bien les distinguer de la Révélation publique contenue dans l’Ecriture Sainte et transmise à tous par la Tradition de l’Eglise. Bien que cette Révélation est close avec le nouveau testament, rien empêche que Dieu puisse continuer d’adresser des messages à certains, non pour compléter sa Révélation mais pour aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire[1].  

Comment pouvons-nous explique le phénomène de l’apparition en tant que tel ? « Etant donné que la vue et le toucher sont les deux sens qui rendent compte de la façon la plus directe de la réalité objective, il se produit, dans l’apparition ce que les théologiens appellent "le sentiment de la présence". En fait, la personne témoin d’une apparition est convaincue d’être en contact immédiat avec l’objet qui s’est manifesté à elle, et non pas d’en subir une influence quelconque ou de se trouver face à une image, à une reproduction de cet objet »[2].

2. Critères de discernement 

Gerson, auteur d’un traité sur le Discernement des esprits (De probatione spiritum), indiquait déjà au XIVème siècle (traité « sur la distinction des vraies et des fausses visions ») cinq signes permettant de reconnaître les véritables révélations :

- l’humilité,

- la discrétion,

- la patience du voyant face aux persécutions,

- la vérité des révélations,

- la charité ou l’amour de Dieu,

C’est une prudence semblable qui préside aux décisions de l’Eglise, face à ces phénomènes surnaturels. Les critères qu’elle retient lors de ses examens sont de trois ordres :

- critère historique : examen approfondi des différentes sources relatives à l’événement, informations, témoignages, etc.

- critère psychologique : analyse de la personnalité du voyant (sur les plans intellectuel, psychique, spirituel…), et du contexte social, religieux… dans lequel il vit.

- critère théologique examen des conditions dans lesquelles se produit l’apparition, aspect physique et s’il y a lieu contenu des messages, etc. : orthodoxie (conformité à la foi et aux mœurs) et transparence (références à Dieu, au Christ, à l’Evangile, au service de Dieu et des hommes…) sont de rigueur. Les signes (guérisons, conversions, miracles, …) sont également étudiés avec soin.

L’Eglise est donc très prudente. « Les apparitions ou révélations ne sont ni approuvées ni condamnées par le Saint Siège, mais seulement permises comme pouvant être crues pieusement et de foi humaine selon les données et la valeur des témoignages »[3].

L’évêque, la conférence épiscopale, la congrégation pour la doctrine de la foi. Deux choses : Reconnaissance officiel de l’apparition ou bien permission de l’apparition. Ainsi il y a seulement une 20 d’apparition reconnues officiellement. Par exemple : Notre Dame de Siluva, Pie VI en 1775, La Salette, par deux évêques en 1851, L’apparition de la Rue du Bac, elle-même n’a pas fait l’objet d’une reconnaissance officielle. Certes, Catherine Labouré a été canonisée, mais si les voyants sont béatifiés ou canonisés, ne le sont pas au motif d’avoir vu la Vierge, mais à celui de la sainteté et de l’exemplarité de leur vie. L’apparition de Garabandale, ainsi que celle de Medugorje furent laissées ouvertes.        

Pourquoi parfois un jugement négatif ? Il y a une raison théologique : les anges déchus gardent leur noble nature d’ange et ils ont une supériorité d’action. Puisque par leur nature ils sont supérieurs aux hommes, leur domination sur la matière dépasse celle que possèdent les hommes à tel point que certaines de leurs actions paraissent des miracles. L’homme pauvre de science et d’expérience n’arrive pas à les distinguer des miracles proprement dits. Satan a été appelé « le sorcier prestigieux ». Sa puissance est étonnante, quand il se sert de moyens créés, et surprenante est la puissance des gens qui s’appuient sur lui, aussi saint Thomas d’Aquin a-t-il pu écrire : « Tous les faits qui, dans ce monde, tombent sous l’expérience des sens, peuvent être produits par les démons agissant non seulement par leurs propres forces, mais aussi en se servant des forces de la nature »[4]. Le démon peut se revêtir d’ange de lumière.

Voilà pourquoi il nous faut donc cultiver la vigilance, la prudence, la vaine curiosité et surtout... l’humilité !

« Il est des personnes tellement remplies des fantômes de l’imagination qu’elles croient voir réellement tout ce qu’elles pensent ». (Sainte Thérèse d’Avila, Château de l’Ame, Sixième Demeure).

« L’âme pure et simple, prudente et humble, doit employer toutes ses forces et toute sa diligence à repousser et à rejeter les révélations et les visions comme les plus dangereuses tentations ». (Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, 2, chap.27).

3. Positions de l’Eglise sur les Apparitions

Les apparitions mariales ne fait pas partie du dépôt de la foi. Benoit XV disait : « Il faut savoir que l’approbation donnée par l’Eglise à une révélation privée n’est pas autre chose que la permission accordée, après un examen attentif, de faire connaître cette révélation pour l’instruction et le bien des fidèles. A de telles révélations, même approuvées par l’Eglise, on ne doit pas et on ne peut pas accorder un assentiment de foi (dogme) ; il faut seulement, selon les lois de la prudence, leur donner l’assentiment de la croyance humaine, pour autant que de telles révélations soient probables et croyables pour la piété. [...] En conséquence, on peut ne pas accorder son assentiment à de telles révélations et s’en détourner, pourvu qu’on le fasse avec la modestie convenable, pour de bonnes raisons et sans intention de mépris »[5].

Le cardinal Roger Etchegaray : « Nul chrétien n’est obligé en conscience de croire à une apparition, même officiellement reconnue. L’Église ne se gouverne pas à coups d’apparitions et de révélations particulières. L’Église reconnaît des lieux de pèlerinage et de renouveau de la foi mais se prononce très rarement sur l’authenticité des apparitions qui les ont fait naître… ».

P. SILVIO MORENO, IVE

 

[1] Cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique n. 66-67.

[2] Cf. Encyclopédie catholique, in « Les Apparitions de la Vierge », M. Centini, Ed. De Vecchi, Paris, 1999.

[3] Congrégation des Rites - Réponse à l’Archevêque de Santiago du Chili, 6 février 1875.

[4] Laurent Volken, Les Révélations dans l’Eglise, Mulhouse, 1961.

[5] Benoît XV, « De servorum Dei beatificatione », livre II, chap.XXXII, n. 11.

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