EUTHANASIE ET PROTESTANTS / LETTRES DE LA CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI

Publicado en por P. Silvio Moreno, IVE

EUTHANASIE ET PROTESTANTS / LETTRES DE LA CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI

Deux messages clairs pour maintenir la vérité de la foi catholique

Septembre 2020. Congrégation pour la doctrine de la foi

 

1. Lettre « Samaritanus bonus » sur la prise en charge des personnes dans les phases critiques et terminales de la vie».

Ce texte a été publié le mardi 22 septembre, après avoir été approuvée par le Pape François en juin dernier. Il réaffirme la position plusieurs fois exprimée par l'Église sur le sujet, a été jugée nécessaire en raison de la multiplication des cas apparaissant dans les médias mais également de l'avancement de la législation qui, dans un nombre croissant de pays, autorise l'euthanasie et le suicide assisté pour les personnes gravement malades, mais aussi de celles qui sont seules ou qui ont des problèmes psychologiques. 

1. Même lorsque «la guérison est impossible ou peu probable, l'accompagnement médical, infirmier, psychologique et spirituel est un devoir incontournable, car le contraire constituerait un abandon inhumain du malade».

2. «Reconnaître l'impossibilité de guérir ne signifie pas la fin de l'action médicale» : toute personne souffrant d'une maladie entrée dans sa phase terminale, a le droit d'être accueillie, soignée, entourée d'affection.

3. L'Église s'oppose à l’acharnement thérapeutique mais réaffirme, comme «enseignement définitif», que «l'euthanasie est un crime contre la vie humaine», que «toute coopération formelle ou matérielle immédiate à un tel acte est un péché grave» et qu'aucune autorité «ne peut légitimement» l’imposer ou l’autoriser.

Soigner même lorsque la personne est incurable : «Guérir si possible, toujours prendre soin». Ces paroles de Jean-Paul II expliquent que l'incurable n'est jamais synonyme d'insoignable. Prendre soin de la personne malade jusqu'au bout, «être avec» elle, l'accompagner en l'écoutant, en lui faisant sentir qu'elle est aimée et désirée, voilà ce qui peut éviter la solitude, la peur de la souffrance et de la mort, et le découragement qui en découle… autant d’éléments qui sont aujourd'hui parmi les principales causes des demandes d'euthanasie ou de suicide assisté.

Dans le même temps, il est souligné que «des abus sont fréquemment signalés par les médecins de personnes dont on a supprimé la vie alors qu’elles n'auraient jamais souhaité pour elles-mêmes l'application de l'euthanasie».

L'ensemble du document se concentre sur le sens de la douleur et de la souffrance à la lumière de l'Évangile et du sacrifice de Jésus : «la douleur n'est existentiellement supportable que là où il y a l’espérance. L'espérance que le Christ transmet aux souffrants et aux malades est celle de sa présence, de sa réelle proximité». Les soins palliatifs ne suffisent pas «si personne ne “se tient”pas aux côtés du malade, et ne témoigne de sa valeur unique et irremplaçable». 

La valeur inviolable de la vie : «La valeur inviolable de la vie est une vérité fondamentale de la loi morale naturelle et un fondement essentiel de l'ordre juridique». «De même que nous ne pouvons pas accepter un autre homme comme esclave même s'il nous le demande, nous ne pouvons pas choisir directement de porter atteinte à la vie d'un être humain, même s'il l'exige».

 «Supprimer un malade qui demande l'euthanasie ne signifie pas "reconnaître son autonomie et la valoriser", mais au contraire, cela signifie "ignorer la valeur de sa liberté, fortement conditionnée par la maladie et la douleur, et la valeur de sa vie». Ce faisant, on «décide à la place de Dieu le moment de la mort». Pour cette raison, souligne la Congrégation pour la Doctrine de foi, «l’avortement, l’euthanasie et même le suicide délibéré […] corrompent la civilisation, déshonorent ceux qui s’y livrent plus encore que ceux qui les subissent et insultent gravement à l’honneur du Créateur».

Des obstacles qui obscurcissent la valeur sacrée de la vie : Le premier est une utilisation équivoque du concept de «mort digne» par rapport à celui de «qualité de vie». La vie n'est considérée comme «digne» qu'en présence de certaines caractéristiques psychiques ou physiques.

Un deuxième obstacle est une compréhension erronée de la «compassion». La véritable compassion humaine «ne consiste pas à provoquer la mort mais à accueillir le malade, à le soutenir» en lui offrant de l'affection et des moyens pour soulager sa souffrance.

Un autre obstacle est l'individualisme croissant, qui est la racine de la «maladie la plus latente de notre temps : la solitude».

Non à l’acharnement thérapeutique : Dans l'imminence d'une mort inévitable, «il est légitime de prendre la décision de renoncer aux traitements qui ne feraient qu'apporter une prolongation précaire et douloureuse de la vie», mais sans interrompre le traitement normal dû à la personne malade. Le renoncement à des moyens extraordinaires et disproportionnés exprime donc l'acceptation de la condition humaine face à la mort. Mais la nourriture et l'hydratation doivent être correctement assurées car «un soin de base dû à chaque homme consiste à administrer la nourriture et les fluides nécessaires».

Aider les familles : Lors du traitement, il est essentiel que le patient ne se perçoive pas comme un fardeau, mais qu’il ressente au contraire «la proximité et la considération de ses proches». Pour mener à bien cette mission, la famille a besoin d'aide et de moyens adéquats. Il est donc nécessaire, que les États «reconnaissent la fonction sociale première et fondamentale de la famille et son rôle irremplaçable, également dans ce domaine, en lui fournissant les ressources et les structures nécessaires pour la soutenir».

Soins prénataux et pédiatriques : Depuis leur conception, les enfants atteints de malformations ou de pathologies de tous types «sont de petits patients que la médecine d’aujourd’hui est toujours capable d’assister et d’accompagner en respectant la vie». Dans la lettre, il est signifié qu’en cas de «pathologies prénatales (…) qui conduiront certainement à la mort dans un court laps de temps, et en l'absence de thérapies capables d'améliorer l’état de santé de ces enfants, il ne faut en aucun cas les abandonner en termes de soins, mais les accompagner comme tout autre patient jusqu'à ce que survienne la mort naturelle», sans suspendre la nutrition ou l’hydratation. Ces paroles peuvent se référer à plusieurs cas récents mentionnés par la presse. Le «recours parfois obsessionnel au diagnostic prénatal» et «l'émergence d'une culture hostile au handicap qui conduit souvent au choix de l'avortement -qui "n'est jamais légal"» y sont également condamnés.

L’état végétatif et l’état de conscience minimale : Il est «toujours trompeur» de penser que l’absence de conscience minimale, chez des sujets qui respirent de façon autonome, «soient le signe que le malade a cessé d'être une personne humaine avec toute la dignité qui lui est propre». Même dans ces états végétatifs et de conscience minimale, la personne malade «doit être reconnue dans sa valeur et assisté par des soins appropriés», que sont l’hydratation et la nourriture.

La lettre reconnait néanmoins que dans certains cas, ces mesures peuvent devenir «disproportionnées, soit parce que leur administration n'est plus efficace, soit parce que les moyens de les administrer créent une charge excessive et entraînent des effets négatifs qui l'emportent sur les avantages». Le document répète qu’un soutien adéquat devrait être fourni aux proches du malade afin qu’ils puissent supporter «le poids que constitue une assistance prolongée aux malades en état végétatif».

Objection de conscience et soutien spirituel : Enfin, la lettre demande aux Églises locales des positions claires et unifiées sur ces questions et invite les établissements de santé catholiques à «être des témoins fidèles de l'indispensable attention éthique au respect des valeurs humaines fondamentales et des valeurs chrétiennes qui constituent leur identité, en s’abstenant de comportements clairement illicites moralement et par une obéissance déclarée et formelle aux enseignements du Magistère ecclésial».

Le médecin «n’est jamais un simple exécutant de la volonté du patient» et «conserve le droit et le devoir de se soustraire à des volontés s’opposant au bien moral tel que sa propre conscience le perçoit». Il est d'autre part rappelé qu'il n'existe «aucun droit de disposer arbitrairement de sa vie, de sorte qu'aucun agent de santé ne peut devenir le tuteur exécutif d'un droit inexistant».

Quant à l'accompagnement spirituel et sacramentel de ceux qui demandent l'euthanasie, «même lorsqu'une personne n'est pas en condition objective pour recevoir les sacrements, une proximité qui invite toujours à la conversion est nécessaire» mais «aucun geste extérieur pouvant être interprété comme une approbation de l'euthanasie, tel que rester présent au moment de sa réalisation, n'est admissible. Une telle présence ne peut être interprétée que comme une complicité».

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2. Lettre en forme privée au président de la Conférence épiscopale allemande sur l’intercommunion entre catholiques et protestants.  

Après examen du texte « Ensemble à la table du Seigneur » envoyé au Vatican par les évêques allemands le 20 mai, la Congrégation pour la doctrine de la foi explique que l’intercommunion pratiquée avec les protestants « ouvrirait de nouvelles divisions dans le dialogue œcuménique avec les Églises orthodoxes » et que « le lien étroit entre l’Eucharistie et l’Église » est trop ignoré.

Le 20 mai, la Conférence épiscopale allemande avait envoyé au Vatican le texte « Ensemble à la table du Seigneur », publié par le Groupe d’étude œcuménique des théologiens protestants et catholiques en septembre 2019. Ce texte de 57 pages prône « l’hospitalité eucharistique réciproque » entre catholiques et protestants, sur la base d’accords œcuméniques antérieurs sur l’Eucharistie et le ministère.

Quatre mois plus tard, la réponse de la Congrégation pour la doctrine de la foi est arrivée, sous forme d’un courrier daté du 18 septembre adressé à Mgr Georg Bätzing, évêque de Limbourg sur-la-Lahn et président de la Conférence épiscopale allemande. Mgr Bätzing, qui a participé à la rédaction du texte présenté au Saint Siege, avait récemment annoncé que l’hospitalité sacramentelle mutuelle serait appliquée au 3ème congrès œcuménique prévu à Francfort en 2021. Avec cette réponse de la CDF les quelques décisions déjà prises doivent être révisées et corrigées.

Dans le texte de la CDF on lit : « Les aperçus théologiques essentiels et indispensables de la théologie eucharistique du Concile Vatican II, qui sont largement partagés avec la tradition orthodoxe, n’ont malheureusement pas été correctement reflétés dans le texte. ».

Le Cardinal Ladaria, préfet de la CDF, souligne, par ailleurs, que des différences significatives dans la compréhension de l’Eucharistie et du ministère « subsistent » entre les protestants et les catholiques. Ces différences doctrinales « sont encore si importantes qu’elles excluent actuellement la participation réciproque à la Sainte Cène et à l’Eucharistie ».

Toute cette situation peut sans doute s’expliquer par les parles de l’ancien préfet de la CDF, le cardinal Müller. Selon lui, la faillite actuelle du synode allemand repose sur le fait que les évêques d’Allemagne voient l’Eglise comme une « organisation purement humaine avec des buts purement mondains ». Dans cette perspective, « je vois difficilement comment le chemin synodal qui se déploie en Allemagne pourrait prétendre être inspiré par le Saint-Esprit ».

Le processus de réforme basé sur le dialogue avec l’église en Allemagne vise, ni plus ni moins, à « une sécularisation supplémentaire de l’Eglise. L’accent est surtout mis sur des sujets qui sont censés le plus séduire l’opinion publique occidentale ».

Toute cette situation conduit certainement à la perte de la foi chrétienne, « car si l’Eglise est une organisation purement humaine, la juste compréhension des offices et des sacrements disparaît ».

 

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